Semer, même sur un sol gelé

Les semis sur sols gelés ne sont pas nouveaux. Plusieurs producteurs profitent déjà du début de la fonte des neiges pour progresser dans les champs. C’est le cas des semis dans les fourragères et le semis direct pour le blé. Le MAPAQ a d’ailleurs mené différents travaux sur le sujet, dont un projet d’étude en 2013. L’agronome Marie-Andrée Audet a participé au projet qui montrait les possibilités dans les semis de céréales, que ce soit comme engrais vert pour les céréales d’automne ou l’implantation d’une culture de blé de printemps.

“Les semis sur sol gelés sont une opportunité de plus pour les producteurs. Il a été prouvé que semer tôt donne de meilleurs rendements. Les semis sont aussi mieux incorporés au sol puisqu’ils profitent des périodes naturelles de gel-dégel”, précise Mme Audet.

Dans le document du MAPAQ, les avantages énumérés sont nombreux:

• Étaler les travaux de semis et de récoltes
• Remplir les meilleures conditions pour le développement des céréales à grains
• Réduire l’érosion du sol
• Avoir plus de temps après la récolte pour faire les corrections au champ ou réaliser d’autres opérations
Des essais menés en plein champ ont d’ailleurs montré des résultats intéressants. Pour le stade physiologique, en général, le blé semé sur un sol gelé a fleuri en moyenne 7 jours plus vite que le blé semé de façon conventionnelle, peu importe le nombre de jours entre les deux. Ermin Menkovic, qui a aussi travaillé sur le projet, affirme que les grains se sont mieux remplis. La floraison a aussi eu lieu à un moment propice en évitant les chaleurs et l’humidité de l’été, et par conséquent les risques de fusariose.
Ce type de semis doit toutefois correspondre à certaines conditions. “Pour l’implantation de céréales, il faut avoir accès à de l’équipement de semis direct puisqu’il faut exercer une bonne pression au moment du semis. La rotation doit aussi le permettre, comme par exemple un retour de soya. Il ne faut pas non plus implanter des céréales dans un champ qui n’a pas été travaillé pour le semis direct. On ne parle pas de toute façon de semer tous les champs de cette manière mais seulement un ou deux”, explique l’agronome. Ce n’est pas non plus un raccourci pour ne pas ramasser les roches dans un champ. “Le sol doit avoir une bonne structure et avoir été préparé”, mentionne M.Mankovic. Plusieurs des autres contraintes sont énumérées ici.
• Champ uniforme et bien drainé
• Avoir assuré un contrôle de mauvaises herbes à l’automne précédent
• Avoir accès à un semoir à semis direct
• Semer à une température du sol s’étalant entre – 5°C à – 8°C
Marie-Andrée Audet ajoute que la plage horaire pour procéder au semis-direct est restreinte. Pour bénéficier d’un sol suffisamment gelé, le travail doit avoir lieu avant le lever du jour, soit avant que le point de gelée ne disparaisse. À défaut de quoi, le semis aura lieu dans la boue…”Il faut être prêt à travailler pendant qu’il fait encore nuit!”
M. Menkovic précise que les journées réunissant les conditions propices se comptent sur le doigt d’une main, soit de deux à trois jours seulement.
Le semis en sol gelé est aussi propice au semis d’engrais vert dans les céréales d’automne, comme par exemple le trèfle en intercalaire. Le sol est plus portant et convient donc bien à ce type d’intervention. Les mêmes conditions s’appliquent que lors d’une implantation, soit une température et un équipement adéquat. Un quatre-roues et un semoir à la volée font l’affaire dans ce cas. Précaution supplémentaire: éviter de semer par vent élevé ou avant l’annonce d’un orage.
Semis dans les fourragères

La technique est aussi possible dans les fourragères. Il s’agit d’une bonne solution pour resemer les espaces vides et éviter la propagation des mauvaises herbes. La fourragère ne soit pas être trop avancée dans sa rotation, soit à deux ou trois ans de vie. Et point important, la prairie ne doit pas être trop dense. “La graine doit entrer en contact avec le sol”, indique M.Menkovic.

Le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires Rurales de l’Ontario s’est penché sur le sujet. Il rappelle que “cette méthode imite le processus naturel des tiges porte-graines qui laissent tomber les graines mûres sur le sol à l’automne”. Le gel-dégel du printemps permet de germer dans un environnement propice dès que la température du sol se réchauffe. Le semis sur sol gelé serait “particulièrement avantageux dans les secteurs où les pâturages et les prairies à faucher ne contiennent plus de légumineuses”.

Marie-Andrée Audet croit que la pratique du semis sur sol gelé gagnerait à être plus pratiquée. En plus de contribuer à de meilleures pratiques pour la conservation des sols, elle permet de faire un peu de travaux avant que la saison ne démarre en lion. Elle pourrait aussi s’avérer une excellente posologie aux producteurs. “Je la prescrirais en médicament. Ça permettrait aux producteurs de sortir et de dépenser un peu d’énergie!”

Sources: MAPAQ, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires Rurales de l’Ontario

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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