Une saison qui débute sous le signe de la croissance

C'est perceptible de tous depuis quelques jours; le printemps pointe le nez, douceur à l'appui. Parmi les signes qui ne trompent pas, la fonte des neige est amorcée dans les régions les plus au sud de la province. Autre signe, les érables se sont mis à couler, ce qui débute officiellement la saison des sucres dans la province. Fait exceptionnel cette année, la hausse du mercure s'est produite partout au Québec au lieu de se produire de manière graduelle. La sève s'est donc mise à couler simultanément dans toutes les régions, sonnant le branle-bas de combat dans les érablières, mentionne Hélène Normandin, directrice des communications aux Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). « La réunion du conseil qui devait durer toute la journée hier a finalement duré 1h30 ».

Il est bien sûr impossible de prédire si la saison des sucres sera bonne ou non. Si elle ressemble à celle de 2020, elle devrait être excellente. Les producteurs ont connu une année de production record en 2020, soit 175 millions de livres, en grande partie attribuable aux conditions météo favorables.

La saison devrait s’étirer en tout durant environ une dizaine de semaines, soit de trois à quatre semaines par région, selon les conditions.

La cérémonie officielle de l’entaillage, qui a lieu habituellement à Québec en présence du ministre de l'Agriculture, a dû céder le pas cette année à une version remodelée, à la grande déception des PPAQ. L’organisme a opté pour une vidéo Un érable à la fois mettant en lumière le travail fait en amont de la saison des sucres et durant la production. « C’est 50 millions d’entailles qui sont faites chaque année. C'est un travail colossal qui reste méconnu et qui est souvent confondu avec le secteur de la restauration. »

À ce sujet, Mme Normandin avait de bonnes nouvelles à partager de la part de l’Association des cabanes à sucre du Québec. « Depuis deux semaines seulement, soit depuis le 22 février, 40 000 repas ont été livrés de la part des 200 érablières participantes à Ma cabane à la maison. On dirait bien que cette tradition manquait aux Québécois ! »

L’engouement pour les produits d’ici et l'achat local pourrait expliquer en partie les excellentes ventes enregistrées l’an dernier. Les PPAQ ont affiché des ventes de 144 millions en 2020, une hausse de 14% par rapport à 2019, et plus de 100% en dix ans. Mme Normandin rappelle d’ailleurs que certaines érablières font la vente de leur produit directement de l’érablière, ou en ligne, par le biais du site Érable d’ici .

Les Québécois ont peut-être cuisiné davantage l’érable, mais l’engouement à l’international prend aussi de l’ampleur, selon les chiffres des PPAQ. Les ventes à l’extérieur du pays ont augmenté de 22% dans la dernière année. Dans l'ensemble, 85% de la production québécoise est vendue à l'extérieur de la province. Le bond des exportations reflète les efforts de promotion et de mise en marché accomplis dans les dernières années pour promouvoir le sirop d’érable, fait valoir Mme Normandin. Les États-Unis occupent la première place des marchés étrangers avec 33% d’importation de sirop. L’Allemagne vient au second rang avec 10%, suivi par le Royaume-Uni et le Japon avec de 4% à 5% chacun.

Pour les prochains mois, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec continueront à sensibiliser le gouvernement sur l’importance de préserver les érablières sur les terres publiques, comme ils le font depuis décembre dernier. Si le message a d’abord été plus difficile à porter, l’association note « une ouverture ». « On va voir comment ça se passe, mais c’est important de dire que pour maintenir la production du secteur et sa croissance, il faut penser à préserver les érablières sur les terres publiques pour qu’elles soient disponibles dans 40 à 60 ans, ce qui représente 30% des 120 millions futures entailles qui seront nécessaires. » Une ouverture sur ce dossier est aussi notable de la part du MAPAQ et de son équipe, note la responsable des communications qui salue l'écoute du ministre Lamontagne.

Pour l’instant toutefois, une pénurie de sirop d’érable n’est pas à craindre. Les PPAQ peuvent compter sur une réserve stratégique de 100 millions de livres de sirop, à la fois pour stabiliser les prix et suffire à la demande.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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