Alimentation futuriste pour vaches laitières

Les chercheurs Daniel Ouellet et Hélène Lapierre poursuivent des travaux d'avant-garde sur l'alimentation des vaches laitières. PHOTO: AAC

Les chercheurs Daniel Ouellet et Hélène Lapierre poursuivent des travaux d’avant-garde sur l’alimentation des vaches laitières. PHOTO: AAC

Une petite révolution dans l’alimentation des vaches laitières se prépare au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire. Depuis deux décennies, les chercheurs Hélène Lapierre et Daniel Ouellet travaillent à mieux définir les besoins alimentaires des vaches laitières, en particulier les protéines.

« La protéine, c’est ce qui coûte le plus cher dans la ration des vaches laitières », explique Hélène Lapierre. En comprenant mieux les besoins des vaches laitières et comment sont utilisés les nutriments fournis par la ration, Hélène Lapierre et Daniel Ouellet fournissent les outils permettant de formuler une ration moins riche en protéines qui comble tout de même les besoins élevés des vaches en lactation sans diminuer la production laitière et la teneur en protéines du lait.

Les acides aminés sont les composantes de base des protéines, un peu comme les lettres dans un mot : ils doivent être dans le bon ordre et ne pas se substituer l’un à l’autre. Pour arriver à diminuer la protéine totale de la ration, il faut s’assurer de fournir tous les acides aminés, même si la ration est plus faible en protéines, d’où l’importance de connaître les besoins pour chaque acide aminé. Puisque l’alimentation est moins élevée en protéines, elle coûte moins cher. De plus, moins de protéines signifie moins d’azote excrété dans l’environnement.

Retombées positives

L'alimentation des vaches laitières peut être améliorée grâce à un apport bien dosé d'acides aminés essentiels. PHOTO: AAC

L’efficacité de l’alimentation des vaches laitières peut être améliorée grâce à un apport bien dosé d’acides aminés essentiels. PHOTO: AAC

Le chercheur Doris Pellerin de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval a calculé les retombées économiques des travaux d’Hélène Lapierre et Daniel Ouellet.

Pour une diminution de protéines dans la ration de 18,1% à 16,5%, il y a une économie de 4000$ par ferme moyenne du Québec (environ 60 vaches). Pour l’ensemble de la production laitière canadienne, ça représente une économie de 80 millions$. En impact environnemental, on parle d’une réduction de rejets azotés de 17 000 TM, soit 15% en moins.

Autre élément intéressant : les spécialistes en formulation de ration ont souvent tendance à inclure une marge de manœuvre importante en protéine totale pour s’assurer de combler tous les besoins de la vache pour chaque acide aminé. Ce ne sera plus nécessaire. « Si on connaît les besoins précis de la vache, nous n’avons pas besoin d’avoir autant de marge de manœuvre, sans pénaliser la production laitière », explique Daniel Ouellet.

Nouvelles références

Cette nouvelle approche alimentaire permet aux vaches laitières de produire autant de lait et de protéines laitières mais en consommant moins de protéines brutes. PHOTO: AAC

Équilibrer les rations pour les acides aminés avec une bonne connaissance des besoins permet aux vaches laitières de produire autant de lait et de protéines laitières mais en consommant moins de protéines brutes. PHOTO: AAC

La majorité des programmes pour équilibrer les rations laitières sont basées sur le Guide du NRC américain qui date de 2001. Puisque les travaux menés à Sherbrooke sont uniques et d’une grande rigueur scientifique, Hélène Lapierre a été retenue pour faire partie du comité de révision du Guide. La nouvelle version devrait être lancée l’an prochain. Il y a fort à parier que le nouveau guide sera teinté de ses recherches.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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