L’abattage de porcs américain est dans une situation critique

Le nombre de porcs abattus aux États-Unis a chuté de 15% par rapport à l’année dernière

Durant les dernières semaines, le nombre d’abattoirs de porcs qui ont dû fermer leurs portes aux États-Unis n’a cessé d’augmenter. La situation est telle que la compagnie Tyson Foods a lancé un cri du cœur dans une publicité pleine page dans trois journaux dimanche dernier (26 avril) : The New York Times, Washington Post et Arkansas Democrat-Gazette.

Selon le président de Tyson Foods, John Tyson, « la chaîne d’approvisionnement est en train de se briser ». Les producteurs n’ont nulle part où envoyer leurs animaux. Il entrevoit que des millions d’animaux – poulets, porcs et bovins – devront être «dépeuplés» en raison de la fermeture des usines d’abattage et de transformation de la viande.

Plusieurs usines sont déjà fermées. En plus de celle de Waterloo, Tyson a dû fermer celles de Colombus Junction et de Logansport. Smithfield a fermé Sioux Falls et Monmouth. JBS a pour sa part fermé Worthington, Indiana Packers et Delphi. Toutes productions confondues, c’est une vingtaine d’abattoirs et d’usine de transformation qui ont dû arrêter leurs opération.

Ces fermetures surviennent alors que les transformateurs sont pointés du doigt pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour bien protéger les employés, notamment par la fourniture de masques. Ces abattoirs sont aussi devenus des foyers de propagation de la COVID-19 dans leur communauté. Les pressions sont de plus en plus forte pour que le Département américain de l’agriculture (USDA) intensifie ses actions et assure la salubrité de la chaîne d’approvisionnement.

Alors qu’en mars il s’abattait 500 000 porcs par jour aux États-Unis, ce nombre est passé à 365 000 têtes. Seulement la semaine dernière, l’abattage de porcs a diminué de 11,3% pour se situer à 1,995 million de têtes. C’est 15% de moins que la même semaine l’année dernière. Mardi, le nombre de porcs abattu était de 283 000 porcs, une baisse de 43% par rapport à avant le début des fermetures liées à la COVID-19.

Cette situation est difficile pour les producteurs qui doivent garder plus longtemps les porcs sur les fermes. Lors de la crise de novembre et décembre 1998, le prix journalier du porc était descendu à 10$US/100 livres.

Ceci arrive au moment où les exportations vers la Chine atteignent des niveaux records. Les expéditions de viande de porc vers la Chine ont totalisé 89,1 millions de kilogrammes. C’est plus de six fois la quantité expédiée l’année précédente et 39% fois plus que les exportations vers le Mexique, anciennement le premier acheteur de porc américain.

L’année 2020 a débuté avec un important stock de viande, mais avec les fermetures d’abattoirs, ces stocks diminueront, ce qui fera grimper le prix de détail.

Mardi, le président Donald Trump a ordonné le maintien en opération des usines d’abattage et transformation de viande en invoquant une potentielle pénurie alimentaire. Le président américain utilise la «Defense Production Act» pour ordonner aux entreprises de rester ouvertes en tant qu’infrastructures essentielles. La décision fait face à de l’opposition des syndicats qui demandent de meilleures protections pour les employés et de certaines entreprises qui défendent l’importance de fermer des usines.

Sources : CNN, The Hill, National Hog Farmer, Reuters, Tyson Foods, The Washington Post

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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