Lait de chèvre : les ingrédients pour une meilleure rentabilité

Au Québec, le coût de production des entreprises caprines laitières varie de 155 $ à 242 $ par hectolitre. Quels éléments expliquent cette variabilité? Les résultats d’un récent projet du Centre d’études sur les coûts de production en agriculture permettent de tirer des conclusions à ce sujet. Celles-ci s’articulent autour de trois paramètres principaux.

Productivité

La chèvre constitue l’actif productif le plus important de l’entreprise laitière caprine. En moyenne, celle-ci produit 671 litres de lait par année au Québec. Cependant, d’une entreprise à l’autre, cette moyenne varie du simple au double, passant de 470 à 928 litres par chèvre.

Une productivité élevée permet de répartir les coûts fixes et les amortissements sur plus d’hectolitres, donc de diminuer le coût par hectolitre. En effet, des chèvres produisant 671 litres ne prendront pas plus d’espace que des chèvres produisant 470 litres. À noter qu’aucune différence de composition du lait n’a été observée selon les niveaux de productivité.

Coût d’alimentation

Le coût d’alimentation représente le 2e poste en importance du coût de production, après la rémunération calculée du travail. S’il s’élève en moyenne à 51 $ l’hectolitre, le coût des entreprises les plus performantes est de 35 $/hl, alors que celui des entreprises du tiers supérieur est de 66 $ par hectolitre. Pour la ferme moyenne de 1 400 hl, ceci représente un écart de près de 45 000 $. La maîtrise du coût d’alimentation est donc un enjeu économique important.

Le type d’aliment a une influence sur le coût d’alimentation. Les rations des entreprises affichant le coût d’alimentation le plus faible incorporent une plus grande proportion de fourrages que celles des autres entreprises, ce qui se traduit par moins de concentrés, qui sont plus coûteux.

La productivité des chèvres a également un impact sur ce paramètre. Le coût d’alimentation d’une chèvre qui produit davantage est réparti sur un plus grand nombre de litres. L’objectif ne semble pas de minimiser le coût d’alimentation par chèvre, mais plutôt de l’optimiser, en fonction des aliments, de leur coût et de la productivité du troupeau (selon le potentiel génétique du troupeau).

Par ailleurs, la provenance des aliments ne semble apporter aucun avantage. Ainsi, aucune différence significative de coût d’alimentation n’a été notée que l’entreprise achète 100 % de ses moulées et de son fourrage ou au contraire qu’elle les produise.

Temps de travail

La rémunération du travail constitue le principal poste de dépense du coût de production du lait de chèvre. Ceci s’explique par le nombre élevé d’heures investies par chèvre. En effet, une chèvre laitière exige en moyenne 23 heures de travail au Québec. Les résultats varient cependant entre les entreprises, allant de 15 heures à 45 heures par chèvres.

La traite des chèvres est l’activité qui exige le plus de temps au sein de l’entreprise. En moyenne, les deux traites quotidiennes se font sur 3,8 heures et sont réalisées par 1 ou 2 personnes, voire plus. Un minimum de 40 % du temps de travail va donc être consacré à la traite. Or, les données observées démontrent qu’il est possible d’améliorer l’efficacité du temps de travail pour cette activité. En effet, la capacité déclarée du salon de traite des entreprises qui affichent le temps de travail le plus faible est en moyenne de 133 chèvres à l’heure. Par contre, les entreprises affichant le temps de travail le plus élevé possèdent un salon de traite avec une capacité moyenne de 97 chèvres à l’heure. Le choix de technologie pour le salon de traite permettrait donc une réduction de temps de travail par animal.

La taille d’entreprise apparaît également comme l’un des facteurs qui permettent de réduire le temps de travail. En effet, les données observées auprès des entreprises participantes montrent que le nombre d’heures par chèvre tend à diminuer avec la taille de l’entreprise. Ainsi, les entreprises plus petites (105 chèvres de moyenne) doivent fournir 39 heures de travail par chèvre, alors que les entreprises les plus grandes (314 chèvres de moyenne) investissent moins de 17 heures par chèvre.

En conclusion, les façons d’améliorer le coût de production varient d’une entreprise à l’autre. Il est important de se questionner sur les paramètres mis en lumière afin d’améliorer votre propre coût de production en lien avec vos objectifs d’entreprise. Les questions suivantes peuvent vous aider à amorcer votre réflexion et éventuellement, à poser des actions :

  • Est-ce que l’environnement que procure l’entreprise aux chèvres leur permet d’exprimer leur pleine productivité selon leur potentiel génétique ?
  • Quelle est la meilleure approche, pour mon entreprise, pour contrôler les charges d’alimentation dans le contexte actuel?
  • À court terme, comment utiliser de façon optimale les ressources disponibles en lien avec le temps de travail? Et à long terme, quelles ressources seraient nécessaires pour diminuer le temps de travail de mon entreprise ?

Les conclusions présentées dans cet article proviennent d’un projet réalisé par le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA) en partenariat avec les Producteurs de lait de chèvre du Québec, Lactanet et le MAPAQ. Ce projet a bénéficié du soutien financier du Partenariat canadien pour l’agriculture. L’Accord Canada-Québec de mise en œuvre du Partenariat canadien pour l’agriculture représente un financement du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec totalisant 293 millions de dollars répartis sur une période de 5 ans, soit de 2018 à 2023. Cet accord appuie des initiatives stratégiques qui aideront les secteurs à croître, à innover et à prospérer. 

 Pour consulter le rapport complet ainsi que l’analyse complète des paramètres de rentabilité, consulter le site internet du CECPA.

 

Rédaction : Chantal Lemieux, agr., Michel Morin, agr. et Julie Plamondon

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