L’entreprise DuBreton se libère de l’ASRA

Le programme ne convient plus à la réalité de l’entreprise porcine

Depuis le 1erjanvier 2019, les porcs appartenant à l’entreprise DuBreton ne sont plus couverts par le régime d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) de la Financière agricole du Québec. C’est sur sa page Facebook le 23 janvier 2019 que le directeur général de l’entreprise, Vincent Breton a rendu public la décision de l’entreprise. Toutefois, les principaux acteurs touchés avaient déjà été avisés par voie de communiqué en début d’année.

Les changements annoncés pour le 1er janvier 2019 ont amené une réflexion dans l’entreprise. En entrevue, Vincent Breton explique que deux raisons motivent le choix de l’entreprise. D’un côté, les dirigeants considèrent que si l’ASRA a servi au développement de la production porcine dans le passé, ce n’est plus le cas. «Le rôle qu’il était supposé jouer ou le rôle qu’il a joué dans le passé, il ne le joue plus », dit-il.

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L’autre raison est que l’ASRA ne convient plus au modèle de DuBreton. Dès l’automne prochain, toutes les fermes appartenant à l’entreprise ne produiront plus de porc de commodité. L’entreprise a en effet choisi la voie du porc biologique et Certified Humane. Dans ce contexte, « on s’est dit que ce programme-là n’était pas basé sur la production de niche, n’était pas adapté à la production de niche, non plus. » L’abattoir appartenant à l’entreprise continuera d’abattre du porc de commodité de ses clients, mais n’en produira plus sur ses propres fermes.

Manque d’écoute

Avec les années, DuBreton a essayé de faire valoir son modèle, mais n’a pas senti d’écoute. « Le modèle n’est pas bâti comme ça au Québec, dit-il. À partir du moment où on pense qu’il n’y a pas lieu de s’adapter aux nouvelles façons de faire ou au nouveau modèle. Et que notre modèle d’entreprise de plus grande envergure est constamment modifié, c’est probablement ce que les gens attendaient de nous. C’est probablement ce que la Financière attendait qu’on fasse… Honnêtement, je ne suis pas sûr qu’on veut de nous. On fait les choses différemment. Nous, on prend les décisions en fonction de la réalité qui nous est soumise. »

Envisage-t-il des inconvénients? « On n’est pas devins, dit-il. Ça va dépendre des marchés et de l’ASRA dans l’avenir. » Il constate toutefois qu’avec les années, la couverture de l’ASRA a constamment diminué. Il évalue que possiblement certaines années seront plus difficiles, mais qu’à long terme, l’entreprise devrait être avantagée par cette décision. « Ça reste une évaluation de risque », dit-il.

Vincent Breton décrit son entreprise familiale comme « le dernier des Mohicans », alors que les grandes entreprises porcines sont en train de se concentrer et le nombre d’entreprises familiales diminue.

« Nous, au niveau de la famille, ils sont dans un créneau différent, dit-il. On fait les choses complètement différemment. Les fermes, le type d’élevage, c’est pas la même chose. Des truies en élevage doux avec accès extérieur pour le bio, avec de la litière. Avec les références dans le marché, ça ne fonctionne plus pour nous. »

« On espère que les petits producteurs indépendants vont venir travailler avec nous dans la niche, on le souhaite ardemment si on nous en laisse la chance. » Il explique que pour mettre sur pied une entreprise dans le bio et le Certified Humane, il a besoin d’ententes sur 10 ou 15 ans parce qu’il y a des investissements importants à faire au début pour la mise sur pied d’un élevage.

« Les autres joueurs dans l’industrie et même les éleveurs comme syndicat, ce qu’ils veulent, c’est une entente de deux ou trois ans. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec ça? Ça a été notre position devant la Régie. »

En fait, une entreprise qui débute la conversion vers le bio ne sortira aucun cochon bio avant la prochaine convention collective. « C’est pour ça qu’on a demandé que nos ententes d’approvisionnement soient considérées de façon spéciale », dit-il. Il invoque au manque de compréhension de leur réalité.

La Financière agricole

Dans un courriel, la conseillère en en communication et relations publiques de la Financière agricole du Québec Cynthia Byrne explique que la décision de l’entreprise DuBreton de quitté le programme de l’ASRA est un choix qui revient à l’entreprise. En conséquence, la Financière ne commentera pas cette décision.

Elle ajoute que:

  • La Financière agricole est la seule organisation au Québec à offrir des programmes en matière d’assurance et de protection du revenu.
  • L’ASRA protège une entreprise contre les fluctuations des prix du marché et des coûts de production.
  • L’ASRA verse une compensation lorsque le prix moyen de vente d’un produit est inférieur au revenu stabilisé. Celui-ci est établi sur la base du coût de production des entreprises spécialisées.
  • Dans le cadre de ce programme, 85 millions de dollars au net de la contribution des participants ont été versés pour l’année d’assurance 2018 auprès de 850 producteurs de porcs afin de compenser les fluctuations du marché.
  • Le programme couvre les productions suivantes : agneaux, bouvillons et bovins d’abattage, céréales et canola (avoine, blé d’alimentation humaine et animale et orge), pommes, porcelets, porcs, veaux d’embouche et veaux de grain.

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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