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Prix des viandes : améliorations pour 2019

Des signes laissent présager des jours meilleurs, mais la production de viande est tellement élevée

L’événement qui a marqué l’année 2018 au niveau du marché du porc est sans contredit la guerre commerciale entreprise par le président américain Donald Trump l’été dernier. « En août et début septembre, le prix du porc était au plus bas depuis 2009 », explique Gabriel Joubert-Séguin, stratège de marché chez RJO’Brien. Et puisque le prix du porc canadien est basé sur le prix américain, le prix payé aux producteurs d’ici en a souffert.

Le secteur porcin a subi les contrecoups des représailles de la Chine et du Mexique sur les taxes sur l’acier et l’aluminium imposées par le gouvernement Trump à ces deux pays. Le Mexique est le plus grand acheteur de porc américain, en particulier le jambon. De l’autre côté, la Chine n’est pas un aussi grand acheteur, mais il achète des parties que les autres acheteurs ne veulent pas.

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« On avait déjà une production porcine très élevée aux États-Unis, explique Gabriel Joubert-Séguin. Les Américains misaient sur l’exportation pour faire augmenter les prix. C’est le contraire qui est arrivé. »

Le bœuf a été moins affecté parce que cette production est davantage consommée localement.

Stabilité relative

Après les contrecoups de l’été, les marchés se sont habitués à la situation. « À partir de maintenant, le marché s’est rééquilibré », dit Gabriel Joubert-Séguin. Les taxes sur le porc exporté vers la Chine et le Mexique sont toujours en place, mais les marchés s’y sont habitués.

« Je ne pense pas qu’il y  aura une autre taxe, dit Gabriel Joubert-Séguin. Soit que les taxes restent, ce qui aura un effet neutre, soit que l’une ou l’autre ou les deux taxes soient enlevées, ce qui fera augmenter le prix. » À ce sujet, des discussions actives sont en cours entre la Chine et les États-Unis.

« Le premier décembre, la Chine et les États-Unis ont signé une trève de 90 jours pour leur permettre de trouver une entente », explique Frédéric Hamel, directeur gestion des risques à la Banque Nationale. La semaine dernière, les discussions étaient sur de bonnes voies alors qu’un représentant du gouvernement américain s’était rendu en Chine pour discuter de la question.

Consommation de viande record

Les Américains consomment un niveau record de viande. L’année 2018 a en effet éclipsée l’année record de 2007. Ils ne peuvent donc pas écouler les surplus sur le marché domestique. Tout excédent doit être exporté.

L’effet PPA

La peste porcine africaine est un facteur qui joue actuellement sur les prix et qui pourrait réserver des surprises en 2019. Le virus est difficile à éliminer en plus de causer la mort très rapidement. Les épisodes survenant en Chine depuis quelques mois ont un effet positif sur le prix du porc aux États-Unis parce que les marchés anticipent une plus grande importation de porc de la part de la Chine. Ce pays est le plus grand producteur de porcs au monde, soit la moitié de la production mondiale.

« Beaucoup espèrent que ça fera augmenter le prix; nous, on pense que non », dit Gabriel Joubert-Séguin. D’un côté, les Chinois peuvent acheter de d’autres pays et de l’autre, les épisodes de maladies passées en Chine ont démontré que les Chinois ont plutôt diminué leur consommation de viande.

Il ne faudrait toutefois pas que la peste porcine africaine affecte le cheptel américain. Un tel événement ferait chuter le prix du porc américain. « La peste porcine africaine, c’est bon pour les prix tant que ça reste ailleurs », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Record de viande

En 2018, il y a eu une production record de viande aux États-Unis. Malgré cela, le cheptel reproducteur porcin devrait augmenter de 3% en 2019, ce qui représente une augmentation de porcelets de 4% en raison des gains de performances.

« Tant que le prix des grains restera bas, l’augmentation annuelle de la production de viande sera de 3 à 4% », dit Gabriel Joubert-Séguin. Pour sa part, Frédéric Hamel rappelle que le rapport Hogs & Pigs publié juste avant Noël faisait état d’une augmentation de 1 à 2% de la production porcine.

De nouveaux abattoirs viennent d’être mis en route et d’autres sont à prévoir. Ce sont des producteurs transformateurs qui font augmenter la production et touchent la marge élevée des abattoirs.

Prix du porc pour 2019

Pour 2019, Gabriel Joubert-Séguin prévoit des prix similaires à 2018, sauf pour l’épisode de août-septembre dont la baisse saisonnière devrait davantage suivre une courbe normale. La chute devrait être moins brutale. Et si les taxes sont retirées, les prix pourraient monter un peu.

« Je pense que 2019 va se dérouler en deux temps, explique Frédéric Hamel. Les prix seront peu élevés en début d’année, mais vers la fin mars ou début avril, ils devraient commencer à remonter. »

Frédéric Hamel pense que toutes les mauvaises nouvelles sont déjà inclues dans le prix du porc. Il anticipe une bonne fin d’année 2019. Il se fie sur les transactions qui ont déjà débuté pour 2020.

Le bœuf en 2019

Les chiffres sur les placements en parcs d’engraissement laissent présager une offre élevée de bœuf pour le début de 2019. « Nous, on est un peu négatifs à cause de ça », explique Gabriel Joubert-Séguin. Le prix devrait donc être moins bon. Le prix cash du bœuf est autour de 125¢ la livre (prix vendu à l’abattoir).

Par la suite, l’offre devrait se resserrer, ce qui va faire monter un peu le prix, atteignant environ 130¢ et plus la livre en avril. Gabriel Joubert-Séguin recommande de vendre principalement cash en début d’année, parce que le prix devrait monter par la suite.

De façon générale, l’année 2019 devrait être bonne pour le bœuf. Malgré le fait que cette viande soit plus dispendieuse et l’attrait croissant pour les protéines végétales, le taux de chômage est bas aux États-Unis. Quand l’économie va bien, les Américains mangent beaucoup de bœuf.

Protéines végétales

Les Américains mangent, en moyenne, 225 livres de viande chacun. Mais ce n’est pas tout le monde qui mange de la viande. La jeune génération compte davantage de végétariens. Toutefois, fait remarquer Gabriel Joubert-Séguin, c’est un changement très graduel qui aura peu d’impacts sur les marchés boursiers. C’est bien connu, les marchés sont davantage sensibles aux chocs, comme l’imposition d’une nouvelle taxe. « Ironiquement, il n’y a jamais eu autant de végétariens et la consommation de viande n’a jamais été aussi élevée », dit Gabriel Joubert-Séguin.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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