Quatre producteurs laitiers et leur vision de l’élevage des génisses

Dans l'ordre habituel: Thierry Jaton, Amélie Tremblay, Raphaël Beauchemin et Caroline Martel, ainsi que les deux animatrice, Roxanne Montplaisir de Holstein Québec et Débora Santschi de Valacta

Dans l’ordre habituel: Thierry Jaton, Amélie Tremblay, Raphaël Beauchemin et Caroline Martel, ainsi que les deux animatrice, Roxanne Montplaisir de Holstein Québec et Débora Santschi de Valacta

Valacta a profité du Suprême laitier pour inviter quatre producteurs à venir parler de leur vision de l’élevage des génisses le jeudi 3 novembre 2016 à Saint-Hyacinthe.

Caroline

Caroline Martel de la Ferme des Grandes-Baies, en Outaouais, manque d’espace pour élever des génisses. Comme relève non-apparentée, elle s’investit pour l’instant dans son troupeau de vaches. Elle achète toutes les vaches primipares déjà vêlées. Ses critères d’achats sont très rigoureux. « Fonctionnelle, c’est le mot clé », dit-elle.

Ses achats sont effectués selon une planification en fonction de la production laitière et les recommandations de sa conseillère Valacta. « C’est rare qu’on achète une vache à la fois », dit-elle. Chaque vache doit rentabiliser son espace dans l’étable. Le taux de réforme est de 10 à 15%.

Pour elle, le prix des vaches n’est pas trop élevé. « Acheter à 4000$ plutôt que d’élever à 3500$, ça ne me dérange pas pour avoir exactement ce que je veux », dit-elle.

Thierry

Thierry Jaton de la ferme Provetaz Holstein, en Estrie, vend des génisses à des clients comme Caroline Martel. Il croit lui aussi que le prix un peu plus élevé pour des génisses déjà élevées et en lactation. Thierry Jaton aime les belles vaches fonctionnelles.

« On est des passionnés d’élevage, dit-il. Je trippe quand une une génisse naît. » Pour lui, l’important est d’avoir une génisse fonctionnelle. « C’est la base de tout, dit-il, mais j’aime aussi qu’elle soit belle et qu’elle ait un bon tempéramment. Si elle est belle, mais qu’elle grouille un peu, je vais lui pardonner. »

Ses génisses sont sélectionnées à la saillie. Elles seront soit la future génétique de son troupeau ou elle deviendra mère porteuse. Thierry Jaton croit que l’avenir est dans la semence sexée. « Il commence à y avoir de bons taureaux dans la semence sexée », dit-il. Comme beaucoup d’éleveurs, il est déçu lorsqu’il accorde beaucoup d’énergie dans la sélection des meilleurs taureaux et que finalement, c’est un mâle qui naît.

Amélie

Amélie Tremblay de la ferme Barjo, dans Charlevoix, a une vision simple. « J’aime la vache que je ne vois pas dans mon troupeau », dit-elle. Cette vache vêle sans problème et donne du lait avec un bas comptage de cellules somatiques.

Amélie n’aime pas sélectionner les taureaux. Elle préfère laisser cette tâche au logiciel du Centre d’insémination artificiel du Québec (CIAQ) et à son conseiller. À chacun ses compétences. Les génisses sont toutes testées au test de génomique. Ses deux principaux critères sont la forte production laitière et la fertilité. « C’est vraiment le nerf de la guerre la reproduction chez nous en ce moment », dit-elle.

Si elle achète des vaches, elle n’achète pas de taures de plus de 24 mois qui doivent être meilleures que les vaches déjà présentes dans le troupeau.

Amélie a essayé la semence sexée, mais elle n’a pas aimé ça. Ce qu’elle veut, c’est une vache qui « colle », c’est-à-dire qu’elle soit gestante. Or, le taux fécondité est moins élevé avec la semence sexée, mais ça s’améliore.

Raphaël

Raphaël Beauchemin de la ferme J.N. Beauchemin, en Montérégie, n’élève que les meilleures génisses. « On s’est mis à élever mieux à moindre coût », dit-il. De 30 à 40% des génisses sont ainsi écartées dès la naissance.

Sa sélection se fait sur papier selon les indices génétiques. « Il y a assez de travail qui se fait là-dedans qu’on fait confiance à la génomique », dit-il. Ses critères les plus important sont la production laitière et la santé. Vient ensuite la conformation. Raphaël utilise 40% de semence sexée. Compte tenu du coût plus élevé de la semence, il commence par une semence sexée, puis il insémine avec de la semence non sexée. Seules les taures ont accès à la semence sexée.

L’entreprise a construit une nouvelle étable et en 2008 et 2009, l’entreprise a acheté plusieurs vaches, mais ce n’est pas une volonté. « Ça n’a pas été un gros succès », admet Raphaël.

Portrait des fermes

Thierry Jaton

  • Ferme Provetaz Holstein, Compton, Estrie
  • 290 têtes : 132 vaches en lactation et 130 génisses
  • 11 160 kg de lait (2 traites/jour) : 4,0% gras, 3,3% protéines
  • Maître éleveur en 2003
  • Médaille de bronze de l’Ordre national du mérite agricole en 2016
  • Élevage de génisses à haut profil génétique
  • Vente de génisses

Amélie Tremblay

  • Ferme Barjo, Baie-Saint-Paul, Charlevoix
  • 75 têtes : 38 vaches en lactation, 38 génisses
  • 12 555 kg de lait (3 traites/jour) : 4,1% grais, 3,3% protéines
  • Au 2e rang canadien selon l’IPT en 2015
  • Sélection rigoureuse des génisses
  • Élève pour ses besoins
  • Pas d’achat

Raphaël Beauchemin

  • Ferme J.N. Beauchemin, Saint-Ours, Montérégie
  • 390 têtes : 240 vaches, 150 taures
  • 11 934 kg de lait (3 traites/jour) : 3,8% gras, 3,2% protéines
  • Indice de performance total (IPT) : rang centile 99 en 2014
  • Nouvelle étable à taures
  • Critères de sélection bien définis
  • Sélection des meilleurs sujets
  • Expansion du troupeau

Caroline Martel

  • Ferme des Grandes-Baies, Plaisance, Outaouais
  • Relève non-apparentée
  • 74 vaches : 2 génisses pour amuser les enfants
  • 12 557 kg de lait (3 traites/jour) : 4,0% gras, 3,2% protéines
  • Aucun élevage
  • Insémination avec taureaux de boucherie
  • Critères d’achats rigoureux

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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