Un ascenseur pour les truies

Utilisées depuis plusieurs années en Europe, les cages ascenseurs viennent de faire leur entrée dans les maternités porcines au Québec.

Lorsqu’il a rénové et agrandi sa deuxième maternité, Sébastien Pagé entrevoyait utiliser sensiblement les mêmes équipements que son autre maternité construite en 2014, située dans la municipalité voisine, Saint-Camille, en Estrie. Avant de fixer ses choix définitivement, il a voulu voir ce qui se faisait de nouveau côté équipements de maternité. C’est pourquoi à l’automne 2018, il a fait un voyage en Allemagne pour visiter l’EuroTier, la plus grande exposition agricole au monde.

Il en a profité pour visiter des fermes porcines en Espagne. « C’est là que j’ai vu les cages ascenseurs », raconte-t-il. En février 2019, il se dirige en Bretagne pour visiter des producteurs de porcs qui ont ces cages depuis plusieurs années. « Avant de partir, j’y allais de reculons, dit-il. Je me disais que je n’en mettrais jamais. Quatre jours plus tard, je passais la commande. Ça a complètement changé l’orientation de la construction. »

Mais c’est quoi une cage ascenseur? Dans la section mise bas d’une porcherie, les truies sont installées dans des cages pour protéger les jeunes porcelets de l’écrasement. Les porcelets peuvent circuler autour de leur mère à leur guise. Malgré tout, il arrive que la truie, en se couchant, écrase un porcelet qui s’était aventuré trop près. Les porcelets nouveau-nés qui sont moins habiles sont les plus à risque. Dans une cage ascenseur, la partie du plancher sous la truie se lève. Puisque la truie est surélevée par rapport à ses petits, ils ne peuvent pas circuler sous elle et se faire écraser lorsqu’elle se couchera.

« C’est très simple comme fonctionnement, explique Sébastien Pagé. Ça a l’air compliqué, mais ça ne l’est pas. » Lorsque la truie se lève, elle soulève une palette de trois barreaux située au-dessus de son dos. Le mécanisme de levier du plancher sous elle est alors actionné. Il s’agit de quatre valves à l’air situées à chaque coin du plancher sous la truie. Le plancher lève et la truie avec. La hauteur de levée est de 30 cm. Lorsque la truie se couche, la palette revient à l’horizontal. Le plancher redescend. « C’est le même principe qu’une ampoule dans un réfrigérateur, mais c’est des valves à l’air », explique Sébastien Pagé.

Un producteur heureux
Sébastien Pagé n’a que de bons mots à dire à propos de ses nouvelles cages, que ce soit du côté de la facilité d’utilisation, du bien-être, de la rentabilité et de l’entretien. « C’est tellement en douceur, dit-il. On dirait que la truie ne s’en rend pas compte qu’elle monte et descend. » Ça prend environ cinq à six secondes pour la monter de 30 cm. « Dans la partie critique, les premiers jours, c’est presque impossible qu’un porcelet aie rejoindre la mère », explique-t-il. Les premiers jours après la naissance, les porcelets sont très hésitants dans leur démarche, mais lorsqu’ils sont prêts pour le sevrage, ils sont alertes et se tassent rapidement lorsque la truie se couche.

Un choix rentable
Une fois rénovée et agrandie, la maternité de 1000 truies logera 3200 truies. Les travaux ont débuté en avril 2019 avec la construction de la nouvelle section. Cette section a été peuplée l’hiver dernier, juste avant la rénovation de l’ancienne partie. Les premières truies sont dans la section mise bas – donc dans les cages ascenseurs – depuis le 8 mars. Lors de l’entrevue, Sébastien Pagé venait de sevrer les premiers porcelets, à trois semaines d’âge. « Les performances sont à couper le souffle comparé à ce qu’elles étaient avant, dit-il. On est passé de 15 % de mortalités naissance-sevrage à 5 %. C’est le système le plus facile et le plus efficace rapidement dans tous les équipements qu’on a installés. »
Alors, oui, il le recommande. « Dans une rénovation, c’est plus difficile à cause de la grandeur de cage, mais dans une construction neuve, ça va devenir un incontournable, dit-il. C’est aussi un enjeu de bien-être animal… le nombre de porcelets qu’on peut sauver ! » Selon lui, c’est aussi bénéfique pour stimuler la production de lait des cochettes qui vont sevrer plus de porcelets.

« À long terme, elles vont produire plus de lait en P2 et P3 (2e et 3e portée) », dit-il. C’est certain que ça reste hypothétique. Il est trop tôt pour parler de l’effet sur la production lactée des truies et de l’uniformité des porcelets. Et qu’en est-il de l’entretien? « C’est assez simple, dit-il. Les quatre cylindres sont en acier galvanisé et en acier inoxydable.À part les cylindres, je ne vois pas quoi d’autre pourrait faire défaut. » Après avoir assemblé les cylindres des 634 cages ascenseurs, ils n’ont plus de secrets pour lui. « La crainte des producteurs à qui j’ai parlé, c’est l’entretien, raconte Sébastien Pagé. Moi, je trouve ça plus simple que de remplacer une carte électronique d’un contrôleur. » Selon lui, les cages ascenseurs deviendront un incontournable dans les maternités neuves.

Ce texte est un article publier dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs, juin 2020.

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à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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