Bonduelle : Un géant vert venu de France

Arnaud Bardon, directeur agricole et Jérôme Bonduelle, directeur adjoint Amérique du Nord

Le transformateur de légumes Bonduelle a choisi le Québec pour mettre le pied en Amérique du Nord. Ce n’est qu’un début.

Un chiffre d’affaires mondial de près de 2,5 milliards de dollars. Des ventes dans 75 pays, des usines dans 10 pays, dont le Canada depuis 2007. Le groupe Bonduelle a une stratégie de développement bien claire : « Le légume sous toutes ses formes, sous toutes les marques, dans tous les circuits et dans toutes les technologies, partout dans le monde. »

Qui est donc ce géant de la transformation des légumes ? Qu’est-il venu faire au Québec, en achetant les Aliments Carrière ? Pour en savoir plus, Le Bulletin des agriculteurs a rencontré Jérôme Bonduelle, qui dirige les activités nord-américaines depuis janvier 2009, et Arnaud Bardon, directeur agricole au Canada depuis 2008.

Les débuts de Bonduelle remontent à 1853, en France. L’entreprise distille alors des grains et des betteraves. En 1926, les frères Pierre et Benoît Bonduelle se lancent dans la conserverie, en transformant la récolte de pois de leurs propres terres (16 ha). Aux conserves s’ajoutent les surgelés à la fin des années 1960.

L’expansion géographique du groupe suit l’élargissement de l’Union européenne dans les années 1980, puis l’ouverture à l’Est après la chute du mur de Berlin. Pour ses premiers pas en Amérique du Nord, Bonduelle choisit le Québec. La famille Ostiguy désire se départir des Aliments Carrière et se tourne vers Bonduelle, question de langue et de culture d’affaires communes.

« Ça s’est fait dans la continuité », affirme Jérôme Bonduelle en allusion à la rétention du personnel des quatre usines du Québec et des trois en Ontario. La relation avec les producteurs est demeurée semblable, ajoute Arnaud Bardon.

Jérôme Bonduelle le reconnaît : « L’arrivée de Bonduelle en Amérique du Nord, c’est vraiment une étape très importante dans l’internationalisation du groupe. » Mais attention, Bonduelle n’est pas une multinationale comme les autres.

L’entreprise appartient à 17 actionnaires (dont Jérôme Bonduelle), tous descendants de Pierre et Benoît Bonduelle. L’une des valeurs clairement énoncées de l’entreprise est l’indépendance : c’est la famille qui reste aux commandes et on ne se rend pas vulnérables aux décisions des clients qui achètent pour leurs marques privées.

Bonduelle croit dans la force de ses marques (Arctic Gardens au Canada) et dans la pérennité de ses activités. Pour poursuivre sa croissance et s’assurer un approvisionnement stable, elle mise sur une relation de qualité avec les producteurs agricoles. Pas question de débarquer dans la cour des agriculteurs avec ses gros sabots, pour ne plus revenir l’année suivante.

En général, Bonduelle fournit la semence, effectue les semis et la récolte, et paie la moitié du premier traitement phytosanitaire et tous les traitements subséquents. Le prix payé pour la récolte est négocié avec la FQPFLT au cours de l’hiver précédent. Jamais il n’y a eu recours à la Régie des marchés agricoles pour établir un prix.

« Les producteurs ont toujours le choix de travailler pour nous, dit Jérôme Bonduelle. Il faut faire en sorte que le prix qu’on paie soit compétitif par rapport aux (cultures) alternatives. » Bonduelle s’engage aussi à demeurer fidèle à ses producteurs, en offrant d’abord des contrats à ceux qui étaient là l’année précédente.

L’avantage de travailler avec Bonduelle est l’assurance d’un revenu stable, connu à l’avance et qui ne fluctue pas selon le cours des grains, souligne Jérôme Bonduelle. Le produit fini – en conserve ou en surgelé – bénéficie d’une demande très stable.

La moitié des légumes surgelés produits au Canada sont exportés aux États-Unis. Cela crée d’importants revenus pour le secteur agricole au Canada, fait valoir Jérôme Bonduelle. Par contre, avec la force du dollar canadien, qui approche la parité avec le dollar américain, notre compétitivité est mise à solide épreuve. Chaque fois que le huard monte, nos exportateurs voient fondre leurs marges. En même temps, notre marché domestique devient plus payant pour les concurrents américains.

Bonduelle demeure malgré tout compétitive, affirme Jérôme Bonduelle, puisqu’elle investit régulièrement pour diminuer ses coûts en énergie, eau et main-d’œuvre dans ses usines. La négociation pour les achats de légumes auprès des producteurs doit aussi tenir compte de la compétitivité de la filière, ajoute-t-il.

La production de légumes pour la transformation au Québec est bien enracinée, assure Jérôme Bonduelle. « Il y a ici de bonnes régions horticoles, dit-il. En étant présent en Ontario aussi, cela répartit les risques liés à la météo. Assez souvent, une bonne année au Québec sera moins bonne en Ontario et vice versa. »

Chose certaine, Bonduelle voit bien au-delà des frontières du Québec et de l’Ontario. « Nous sommes très satisfaits d’avoir pris pied en Amérique du Nord avec les Aliments Carrière, affirme Jérôme Bonduelle. On a manifestement l’ambition de ne pas nous arrêter là et de nous implanter aux États-Unis. Si une opportunité intéressante se présente, on la regardera. »

Extrait de l’article « Un géant vert » publié dans Le Bulletin des agriculteurs, janvier 2010

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Therien

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

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