Les engrais deviennent un enjeu de taille

Publié: 2 novembre 2021

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Les engrais deviennent un enjeu de taille

Les producteurs risquent non seulement de payer cher pour leurs engrais au printemps prochain, ils risquent également de faire face à une rareté de produits, si on se fie aux nouvelles provenant de la Chine.

La Chine, qui est un des principaux producteurs de produits azotés sur le marché mondial, augmente les contrôles à l’exportation à la suite d’une nouvelle réglementation implantée le 15 octobre. Le pays a débuté cet été ses restrictions face aux exportations, dont l’urée, afin d’approvisionner son marché local en priorité et pour contenir la flambée des prix.

Source: Simon Brière

Avec l’augmentation des coûts de production des engrais, le prix des engrais sur les marchés a atteint des niveaux records à 1000$ la tonne. Des usines qui comptent sur le gaz naturel pour fabriquer l’engrais ont dû fermer le mois dernier pour rationner leur source d’énergie. Plusieurs analystes sonnent l’alarme devant la situation qui pourrait compliquer grandement les semis au printemps prochain.

C’est le cas de Simon Brière, analyste pour RJ O’Brien. L’enjeu principal pour les engrais ne sera pas seulement les prix, mais leur accessibilité, dit-il. « La logique de base pour plusieurs producteurs est de dire que leur père et leur grand-père n’ont jamais manqué d’engrais. Il n’y a donc pas de raison de se presser pour l’année prochaine. Mais cette fois-ci, ce serait prendre un pari risqué d’attendre, même si les prix sont à un niveau record. Il n’est pas question ici de bulle spéculative qui vient gonfler les prix, mais d’une question de disponibilité et de savoir s’il y en aura suffisamment le printemps prochain. »

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Les agriculteurs se trouvent devant une situation délicate puisqu’ils ont besoin de quantités spécifiques d’engrais à un moment précis dans l’année, souligne l’analyste. Certains engrais sont nécessaires aux semis et c’est cette notion de « timing » qui les fragilise dans une situation où un produit devient plus rare.

Les centres de distribution d’engrais doivent de leur côté anticiper la demande, mais puisque plusieurs producteurs hésitent à acheter en raison des coûts actuels, ils mettent leurs commandes également sur pause, de peur de se retrouver avec des inventaires qui pourraient perdre de leur valeur dans les mois à venir, explique M. Brière. « On se trouve impliqué dans une chaine d’approvisionnement qui doit commander à l’avance avec des prix qui sont loin d’être stables (…) En ce moment, tout le monde se regarde pour savoir qui va bouger en premier.»

M. Brière recommande aux producteurs de placer des commandes tout de suite, pour s’assurer d’avoir certaines quantités disponibles pour le printemps prochain. Il faut tenir compte en effet des délais de livraison et le seul moyen de s’assurer d’en avoir sous la main au moment opportun est d’en commander, martèle-t-il. « Le timing est l’enjeu principal. On ne peut pas se permettre d’avoir ce produit très en retard. Il faut avoir l’assurance d’en avoir, même si on sait que le prix actuel est un prix gonflé. »

La volatilité du marché des grains, et maintenant de certains intrants comme l’engrais, viennent aussi mettre en lumière l’aspect primordial de travailler à un plan de mise en marché et de financement, ajoute M. Brière. Il faut calculer les coûts versus les revenus pour connaître les coûts de production à l’acre de chacune des cultures exploitées à la ferme. Selon les résultats, il sera alors possible de choisir quelles seront les cultures les plus rentables, faire un plan et établir un cadre de base.

Il est impossible de deviner les prix futurs, que ce soit le prix des grains ou des intrants, mais il est possible d’anticiper ce qui est le plus plausible d’arriver, remarque l’analyste. « Depuis un an, il est arrivé plein de choses improbables et oui, il pourrait en arriver d’autres, mais quand on fait un plan, il faut se concentrer sur ce qui est le plus plausible. »

À PROPOS DE L'AUTEUR

Céline Normandin

Céline Normandin

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.