Écologistes et consommateurs dénoncent la timidité d’Ottawa sur les OGM

Montréal (Québec), 6 décembre 2001 – Le Canada, troisième producteur mondial d’organismes génétiquement modifiés, vient de publier dans la plus grande discrétion un « plan d’action » sur la biotechnologie alimentaire, dont la timidité est dénoncée par les écologistes et associations de consommateurs.

Mis en ligne fin novembre sur le site du gouvernement, sans annonce officielle, ce plan fait suite à la publication en février d’un rapport d’experts scientifiques de la Société royale du Canada chargée d’examiner la réglementation actuelle, une des plus libérales, qui ne prévoit notamment aucun étiquetage obligatoire.

Dans ce plan, Ottawa se borne à reconnaître « le besoin d’améliorer la réglementation » de produits issus de la biotechnologie alimentaire, tout en affirmant que leurs processus d’examen sont déjà « rigoureux ».

« Le gouvernement a raté une belle opportunité, celle d’aller de l’avant pour améliorer la réglementation de ces produits », affirme Marc Fortin, professeur de génétique moléculaire végétale qui était membre du panel d’experts.

« Nous répondons à leurs recommandations », réplique un porte-parole du ministère de la Santé, Ryan Baker.

Le rapport d’experts demandait essentiellement d’instaurer un système fiable d’évaluation de l’impact des OGM et une plus grande « transparence » des critères d’autorisation de mise sur le marché.

« Le système actuel d’évaluation des impacts des OGM n’est pas scientifiquement rigoureux au Canada », explique M. Fortin.

Les experts n’avaient pas abordé le dossier de l’étiquetage, car le Canada « n’a pas de méthode fiable de détection d’OGM comme la France », dit le scientifique, qui appelle Ottawa à se doter urgemment des outils nécessaires.

En attendant, le plan gouvernemental contient « beaucoup de déclarations d’intention et très peu d’actions précises », estime-t-il.

Ce plan « ne comporte aucun engagement » du gouvernement, juge aussi Nadège Adam, porte-parole du Conseil des Canadiens, la plus importante association nationale de défense des consommateurs. C’est une « gifle de plus infligée à ceux qui se préoccupent des risques qu’ils posent ».

Fin octobre, le Conseil des Canadiens et Greenpeace Canada s’étaient déjà insurgés contre le rejet à Ottawa d’une proposition de loi sur l’étiquetage obligatoire de produits contenant des OGM. Le gouvernement s’y était lui-même opposé, préférant laisser l’initiative aux industriels.

« Plus de 35 pays l’ont déjà imposé, dont l’Australie récemment, et 95 % de la population canadienne y est favorable », assure un porte-parole de Greenpeace Canada, Eric Darier.

Au ministère de la santé, on répond que, selon la législation actuelle, « seules des raisons de santé ou de sécurité permettent d’exiger un étiquetage » de produits alimentaires.

« Nous fondons nos décisions sur les recherches disponibles », souligne Ryan Baker, arguant de l’absence de preuve scientifique sur la nocivité des OGM.

« Absence de preuve ne veut pas dire absence de risques », réplique M. Darier, estimant que le gouvernement est à la fois juge et partie en faisant « la promotion de la biotechnologie alimentaire tout en la réglementant ».

Pour aider les consommateurs à faire leur choix, Greenpeace vient de publier une petit guide canadien des « produits avec ou sans OGM ».

Troisième producteur d’OGM derrière les Etats-Unis et l’Argentine, le Canada exporte surtout du soja, du colza et du maïs.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Conseil des Canadiens (The Council of Canadians)

http://www.canadians.org/

Greenpeace Canada

http://www.greenpeacecanada.org/

Santé Canada

http://www.hc-sc.gc.ca

Société Royale du Canada

http://www.rsc.ca/

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