Disparition accélérée de la forêt amazonienne à cause du soja et du boeuf

Rio de Janeiro (Brésil), 8 avril 2004 – Grignotée par la culture du soja et les élevages bovins, l’Amazonie brésilienne a perdu 16,3% de sa superficie forestière depuis les années 1970, soit 653 000 km2, correspondant à un territoire grand comme la France et le Portugal mis ensembles.

Ces chiffres sont « intolérables », a déclaré la ministre brésilienne de l’Environnement, Marina Silva, en présentant les résultats d’un rapport élaboré à partir d’images satellite.

Selon la ministre, les principales causes de la déforestation sont l’élevage et l’agriculture, avec la culture du soja notamment, l’abattage non contrôlé d’arbres et les travaux d’infrastructure, l’ouverture de routes en particulier.

En une année seulement, d’août 2002 à août 2003, 23 750 km2 de forêts — soit l’équivalent de la Sardaigne — ont été dévastés, soit 2% de plus que la portion disparue l’année précédente (23.266 km2). Cependant, le ministère de l’Environnement et les organisations écologiques avaient fait des prévisions initiales encore plus pessimistes.

« Les déboisements restent élevés mais se stabilisent. Nous ne pouvons pas continuer à perdre 20.000 km2 de forêts par an. Le gouvernement est décidé à changer cette situation et a pris des mesures », s’est réjoui un responsable de Greenpeace, Nilo D’avila, contacté par l’AFP.

Ce coordinateur de la campagne de défense de l’Amazonie de Greenpeace s’est dit « optimiste » après l’annonce en mars par le président Luiz Inacio Lula da Silva d’un plan national de contrôle de la déforestation.

« Même si le rythme de déboisements a freiné, il est encore élevé et intolérable, c’est pourquoi il faut commencer à le réduire », a remarqué la ministre Silva, une ancienne récolteuse de latex (caoutchouc), originaire de l’Etat de l’Acre, frontalier avec le Pérou.

La police fédérale va installer 26 postes dans les régions où l’on déboise le plus et une coordination sera mise en place entre plusieurs ministères pour augmenter les contrôles.

« Dans 25% des déboisements par exemple, la main d’oeuvre employée est issue du travail forcé. Le ministère du travail va pouvoir envoyer des inspecteurs », a ajouté D’Avila rappelant que l’un des gros problèmes est le manque d’effectifs de l’Institut de l’environnement (Ibama) pour surveiller les 4 millions de km2 de forêt amazonienne, soit la moitié du vaste Brésil.

Le représentant de Greenpeace a insisté sur la responsabilité des éleveurs, soulignant que « le bifsteck que l’on mange aujourd’hui contribue à la dévastation ». Selon M. D’Avila, les dégâts ne sont pas toujours repérables par satellite car il s’agit souvent de petites fermes familiales de deux hectares.

Selon lui, plusieurs millions d’hectares déboisés dans les Etats de Maranhao, Tocantins, Para, Mato Grosso et Rondonia sont aujourd’hui abandonnés: « ces terres sont publiques et doivent être récupérées par des politiques adéquates, cela évitera de nouveaux déboisements ».

La ministre de l’Environnement a indiqué les Etats les plus sévèrement touchés par la déforestation ont été l’an dernier ceux du Mato Grosso (10.416 km2), du Para (7.293 Km2), de Rodonia (3.463 km2) et d’Amazonas (797 km2).

Pour répondre aux critiques de certains secteurs industriels qui se plaignent de ce que la nouvelle politique de protection de l’Amazonie freine le développement économique, Marina Silva a répondu que « le développement ne doit pas entrer en conflit avec la préservation de l’environnement. Il peut se faire en protégeant l’environnement ».

Elle a souligné que la contribution de l’Etat d’Amazonas au PIB du Brésil était très faible, 6% seulement.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

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