France : le boeuf est de retour dans les assiettes

Paris (France), 11 avril 2002 – La consommation de boeuf en France a quasiment retrouvé son volume d’avant la deuxième crise de la vache folle, mais les prix payés aux producteurs restent en-dessous de la normale en raison des stocks excédentaires et des marges prélevées par la distribution.

« La France commence à entrevoir la lueur du bout du tunnel de la crise de la vache folle », a dit cette semaine à Reuters Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB).

En octobre 2000, les ventes de boeuf avaient chuté de plus de 40% par rapport à l’année précédente, après l’annonce par le ministère de l’Agriculture que trois chaînes de supermarchés avaient vendu de la viande provenant de troupeaux où un cas de vache folle avait été décelé.

Selon l’analyste Maurice Raison, les consommateurs français ont finalement oublié la crise ou tout du moins ne sont plus aussi inquiets a l’idée de manger du boeuf.

« On est finalement rentrés dans les clous » en termes de consommation de boeuf, a-t-il déclaré. « Et avant la fin de l’année, on sera même peut-être au-dessus de la fin 1999, la dernière année considérée comme normale. »

Les prix tardent à remonter

Le président de la FNB a souligné que malgré la reprise de la consommation, le prix moyen du boeuf payé aux producteurs restait inférieur de 11% à celui d’octobre 2000, principalement à cause du nombre élevé de vaches encore dans les fermes.

Les mesures de dégagement instaurées par le gouvernement en vue de réguler l’offre et la demande n’ont pas été suffisantes pour venir à bout des centaines de milliers d’animaux qui n’ont pu être commercialisés au moment où les consommateurs boudaient la viande de boeuf, a-t-il déploré.

« Nous avons encore entre 100 000 et 150 000 vaches qui ne peuvent être commercialisées. Il faudrait dégager ces animaux – les exporter vers des pays tiers – parce qu’ils pèsent sur les prix, » a dit Pierre Chevalier.

Selon l’Office français des viandes (Ofival), les mesures de retrait, dont celles d’achats spéciaux, ont permis le retrait du marché de 177 220 tonnes de boeuf, soit 12,8% de la production en 2001.

Le président de la FNB a demandé la semaine dernière au ministre de l’Agriculture, François Patriat, de demander aux autorités européennes la possibilité d’exporter ces stocks excédentaires dans le cadre des exportations à restitutions prévues dans les accords internationaux.

« L’Union a le droit d’exporter 820,000 tonnes de boeuf avec restitutions, or elle n’en a utilisé que la moitié », a-t-il dit, estimant que le stock français de vaches, qui s’élève à 30 000 tonnes, pourrait facilement être inscrit dans ce programme.

« Sans une procédure de dégagement, nous n’aurons pas de remontée des cours », a-t-il ajouté.

Pour expliquer le bas niveau des prix du boeuf en France, Maurice Raison a également invoqué les marges prélevées par la distribution.

« Les prix sont bas parce que depuis le début de la crise les distributeurs ont augmenté leurs marges de 25% à 27% pour compenser la baisse des volumes et il n’y a actuellement rien qui nous permette de dire qu’ils vont revenir aux niveaux d’avant la crise », a-t-il dit. « Ce n’est pas parce que la consommation en volume retrouve son niveau normal qu’on est sortis des problèmes pour autant. »

Source : Reuters

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