L’Argentine privilégiera les négociations directes en cas d’échec à l’OMC

Buenos Aires (Argentine), 31 octobre 2001 – L’Argentine, engluée dans une crise économique, politique et sociale profonde, se tournera vers des négociations directes avec les grands blocs, le Mercosur, la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) et l’Union européenne (UE) si les 142 participants au prochain round de l’OMC de Doha ne parviennent pas à un accord global.

L’axe de la stratégie argentine a été fixé par le ministre des Affaires étrangères Adalberto Rodriguez Giavarini, lequel a affirmé que « s’il n’y a pas de consensus à l’OMC », l’Argentine « en recherchera un autre, plus restreint, mais avec le même but qui est d’éliminer les distorsions du commerce mondial ».

Contrairement à tout ce qui est observé dans les autres secteurs de l’Economie, les Argentins font front commun sur ce sujet qui consiste à demander aux grandes puissances un traitement plus juste pour leurs exportations, qui représentent 10 % du PIB, et le libre accès aux marchés.

La situation est cependant loin d’être facile pour un pays pris dans un étau économique et financier, en proie à la récession depuis plus de 40 mois et sur lequel plane la menace de la cessation de paiements.

C’est pourquoi Buenos Aires cherche de l’oxygène vers l’extérieur, en réclamant la réduction ou l’élimination pure et simple des barrières commerciales, « notamment des subventions que les pays développés accordent à leurs agriculteurs ».

60 % des exportations argentines au cours de la dernière décennie proviennent du secteur agricole et une libération totale du commerce dans l’agriculture augmenterait de 1 % le PIB, soit 150.000 emplois par an, selon une étude de la chancellerie.

Autre centre d’intérêt pour l’Argentine : la fabrication de tuyaux pour l’industrie du pétrole et du gaz et autres produits dérivés de l’acier qui, même si le volume n’est pas significatif, possède une valeur stratégique aux yeux de Buenos Aires.

L’Argentine sera l’un des pays les plus désavantagés si les Etats-Unis, comme c’est prévisible, augmentent au mois de décembre leurs restrictions sur les importations sidérurgiques.

D’autre part, l’Argentine se sent de plus en plus lésée dans son affrontement avec le Brésil en raison de la dévaluation persistante du real qui affaiblit toujours un pays qui a adopté, il y a dix ans, la parité fixe dollar US/peso.

Le ministère argentin des Affaires étrangères a indiqué dans un récent document que « pour l’Argentine, l’intégration régionale est un objectif prioritaire de sa politique extérieure, de caractère permanent et, en tant que tel, non lié à des hauts et des bas conjoncturels ».

La déclaration de la chancellerie avait pour but d’emboîter le pas du ministre de l’Economie Domingo Cavallo, à couteaux tirés avec Brasilia, pour rompre le déséquilibre avec le Brésil et tourner ses regards vers les Etats-Unis.

Adalberto Rodriguez Giavarini a déjà averti que son pays « continuera (de jouer) avec ses propres cartes, avec la ZLEA, le “4+1” (Mercosur + USA) et sur sa relation avec l’Union européenne ».

Si personne ne remet en cause la politique anti-subventions de Buenos Aires, en revanche le débat existe sur le fait de baisser sans contrepartie les barrières douanières dans la relation commerciale avec les Etats-Unis.

« L’Argentine doit entrer doucement dans la ZLEA et négocier la réciprocité pour protéger sa production », a souligné un récent rapport du patronat argentin.

Mais le gouvernement rappelle que le chemin sera long, « en raison des résistances des économies les plus développées pour arriver à une application effective de la liberté de commercer que pourtant elles proclament ».

Source : AFP

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