Le développement de nouveaux ingrédients, un long processus

Du besoin identifié, à la recherche jusqu’à l’acceptation règlementaire et la mise en marché, le développement de nouveaux ingrédients à incorporer dans la moulée est un long processus. Il en vaut toutefois le coup puisque l’alimentation est le principal poste de dépenses sur les fermes. Ceci est d’autant plus vrai que la hausse récente du coût des grains a fait mal au portefeuille des agriculteurs. On parle d’environ 65% des dépenses qui sont liées à l’alimentation.

C’est dans ce contexte que le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (CQVB) et le Centre de développement du porc (CDPQ) ont regroupé des chercheurs, intervenants et industriels des secteurs de l’alimentation du porc et de la volaille le 17 juin dernier pour discuter de l’intégration d’ingrédients novateurs en alimentation porcine et avicole.

Contexte

Michel Morin, agroéconomiste, CDPQ

Michel Morin, agroéconomiste, CDPQ

Outre l’aspect économique, plusieurs éléments stimulent la recherche d’ingrédients novateurs. Selon l’agroéconomiste Michel Morin du CDPQ, le besoin persistant de nouveaux produits dépond aux besoins d’abaisser le coût de production, de diminuer les impacts environnementaux de la production, d’améliorer le bien-être animal et d’assurer la qualité du produit final.

Recherche

Martine Boulianne, titulaire de la chaire de recherche avicole, Université de Montréal

Martine Boulianne, titulaire de la chaire de recherche avicole, Université de Montréal

Avant de faire accepter les nouveaux ingrédients, il faut prouver leur efficacité. Or le fait de travailler avec des être vivants complexifie la situation. « On ne sait jamais ce qui peut arriver dans un projet de recherche », admet la titulaire de la chaire de recherche avicole de l’Université de Montréal, Martine Boulianne. Même avec un protocole expérimental développé avec soin, des surprises peuvent survenir.

Acceptation règlementaire

Huit lois ou règlements touchent l’alimentation relative aux aliments du bétail, dont le plus important est le Règlement sur les aliments du bétail qui date de 1983. Le processus pour modifier cette loi est complexe et long. La rumeur court à l’effet que la refonte serait présentée en 2016.

Michel Duval, directeur de comptes principal, Akey – Cargill

Michel Duval, directeur de comptes principal, Akey – Cargill

Michel Duval, directeur de comptes principal pour Akey – Cargill, explique qu’il peut prendre jusqu’à deux ans avant de faire homologuer un nouveau produit. Voici, ce qu’il suggère à toute personne qui oserait passer à travers ce processus :

  • Définir adéquatement une stratégie d’enregistrement;
  • Planifier une rencontre préalable avec des représentants de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA);
  • Préparer votre documentation avec soin;
  • Communiquer régulièrement avec le représentant de l’agence responsable du dossier.

Convaincre le client

Ludovic Lahaye, directeur de la recherche et du développement, Jefo Nutrition

Ludovic Lahaye, directeur de la recherche et du développement, Jefo Nutrition

Malgré le meilleur produit et l’acceptation règlementaire, il est possible que le produit n’arrive tout simplement pas au bon moment sur le marché. L’exemple vient du directeur de la recherche et du développement de la compagnie Jefo Nutrition, Ludovic Lahaye. « Amener le client à changer pour un produit hypertechnologique est parfois très difficile, explique-t-il. C’est parfois un chemin de pellerin. Il y a 15 ans, Jefo a développé une protéase, mais les clients n’étaient pas intéressés. Le coût des aliments a augmenté et maintenant, ils en veulent. »

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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