Le saumon d’élevage concentre plus les polluants que le saumon sauvage

Paris (France), 9 janvier 2004 – Le taux de polluants cancérigènes serait sensiblement supérieur dans le saumon d’élevage que dans le saumon sauvage, selon une étude américano-canadienne publiée dans le journal américain Science, et qui recommande de « réduire significativement » la consommation de ce poisson.

Cette étude a suscité de vives réactions aussi bien de la part des pays producteurs que des pays consommateurs qui ont minimisé les risques de cancer.

« Il n’y a rien de nouveau dans cette étude. Elle montre des résultats que nous avons déjà vus. (…) Et nous ne voyons aucune raison de mettre les consommateurs en garde », a indiqué à l’AFP Per Ola Darnerud, toxicologiste de l’Autorité suédoise de l’alimentation (Livsmedelsverket).

« Toute nourriture est dangereuse si on la consomme en de trop grandes quantités. Dans le cas présent, notre problème, c’est que les gens ne mangent pas assez de poisson, y compris du saumon, et non pas l’inverse », a déclaré Oyvind Lie, directeur de l’Institut norvégien de recherche sur l’alimentation à base de produits marins (NIFES).

L’agence britannique de sécurité alimentaire (Food Safety Agency/FSA) s’est également élevée contre ces conclusions, affirmant que le saumon d’élevage écossais ne présente aucun danger à la consommation.

« L’étude (…) apparaît délibérément trompeuse dans ses conseils de consommation des saumons d’élevage », a estimé Scottish Quality Salmon (SQS), l’organisme de contrôle de la qualité du saumon écossais.

Elle « omet (d’évoquer) tous les bénéfices de la consommation régulière de saumon d’élevage, reconnus par plus 5.000 études scientifiques », a indiqué le SQS dans un communiqué.

Les 200 analyses réalisées en France au cours des deux dernières années par des laboratoires officiels ou accrédités démontrent que les produits proposés au consommateur français « ont des teneurs en dioxines et PCB largement inférieures aux normes établies par les autorités sanitaires européennes », a quant à elle précisé la Filière Française Poissons et Coquillages.

Selon le communiqué de la State University de New York, à Albany, qui a coordonné ce travail, « dans la plupart des cas, consommer plus d’un repas mensuel à base de saumon d’élevage – soit un peu plus de 200 grammes de poisson – représente des risques cancérogènes inacceptables ».

Le saumon sauvage pourrait, lui, être consommé huit fois plus fréquemment, indique cette étude, « de loin la plus représentative et la plus complète réalisée à ce jour », selon ses auteurs.

Plus de la moitié de la consommation mondiale totale de saumon provient de l’élevage, et principalement de fermes installées près des côtes d’Europe du Nord, du Chili, du Canada, et des États-Unis.

La France est actuellement le premier pays consommateur de saumon en Europe, et le deuxième dans le monde après le Japon.

Les auteurs de l’étude, sept scientifiques américains et canadiens spécialisés dans les domaines de la toxicologie, de la biologie et de la statistique, ont analysé les filets de 700 saumons d’élevage et sauvages produits dans huit des plus grandes régions productrices de saumons d’élevage, et achetés dans les commerces de plusieurs villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les échantillons analysés ont montré que le saumon d’élevage provenant d’Europe est, de façon générale, plus contaminé que celui d’Amérique du Nord ou du Sud. Les saumons d’élevage achetés dans des commerces de Francfort, Edimbourg, Paris, Londres et Oslo comportent ainsi le taux de polluants le plus élevé.

« Même le saumon d’élevage en provenance du Chili ou de l’état de Washington, pourtant parmi les moins contaminés, présente un taux en PCBs, de dioxines et de dieldrine supérieur à celui du saumon sauvage », affirment les chercheurs.

Selon eux, le saumon d’élevage serait contaminé par une alimentation très grasse, à base de farine et d’huile de poisson, et il stockerait les polluants dans son tissu adipeux. Au contraire, les saumons sauvages se nourrissent d’organismes aquatiques tels que le krill ou d’autres poissons.

Les auteurs de l’étude recommandent aux consommateurs de freiner leur consommation, et ils prônent la mise en place d’un étiquetage « clair et reconnu », faisant la distinction entre saumon d’élevage et sauvage et indiquant le pays d’origine du poisson élevé.

Selon l’université de New York, la production totale annuelle de saumon d’élevage a été multipliée par 40 au cours des vingt dernières années et le consommateur a aujourd’hui accès à un saumon peu coûteux toute l’année.

Selon les données fournies par les auteurs, entre 1987 et 1999, la consommation de saumon a enregistré une hausse de 14% au sein de l’Union Européenne et de 23% aux États-Unis en rythme annuel. Elle a, en outre, doublé au Japon entre 1992 et 2002.

Source : AFP

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