Les agriculteurs allemands secoués mais sceptiques sur la solution bio

Mindelheim (Allemagne), 19 janvier 2001 – La montagneuse Bavière est sous le choc, frappée de plein fouet par l’irruption de la vache folle en Allemagne. Mais les éleveurs ne voient pas pour autant d’un bon oeil l’agriculture « plus naturelle » qu’entendent encourager les autorités régionales et fédérales.

« Jusqu’ici, le chancelier Gerhard Schroeder nous avait dit qu’il fallait que l’agriculture allemande soit plus compétitive. Maintenant, changement de cap, il dit qu’il faut s’éloigner de l’agro-industrie », soupire Joseph Lohr, qui gère un élevage de 75 vaches dans l’Allgaeu, région vallonnée de l’ouest de la Bavière qui a la plus forte densité bovine d’Allemagne.

Mercredi, le chef du gouvernement régional de Bavière, le chrétien-social Edmund Stoiber (CSU, conservateur), a annoncé ses propres mesures en faveur de l’agriculture biologique : 2,5 milliards d’euros, à investir sur six ans.

La Bavière se distingue ainsi en étant le premier Etat régional à prendre ce type de mesures. Il est également le premier à avoir mis en place un ministère indépendant pour la Consommation, la Santé et l’Alimentation.

Il est vrai que la région qui concentre, avec ses 4 millions de bovins, 27% du cheptel allemand, en est à son septième cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) sur les 16 décelés en Allemagne.

Loin d’affecter les sites de production de masse dénoncés par le gouvernement Schroeder, les cas sont survenus dans de petites exploitations laitières, la plus petite ne comptant qu’une trentaine de vaches. En cause, toutefois, semble être l’alimentation industrielle : ersatz de lait pour les veaux ou compléments nutritionnels pour les vaches.

Les agriculteurs biologiques pourraient d’ailleurs ne pas être exempts de tout risque. Ils ont eux aussi recours à des compléments nutritionnels, certifiés bio mais parfois produits par les fabricants de farines industrielles.

A Westerheim, dans l’Allgaeu, où a été découvert en décembre un des sept cas d’ESB bavarois, l’éleveur concerné est désemparé. “J’en veux à l’industrie de l’alimentation pour bovins qui n’a pas respecté l’interdiction des farines animales, j’en veux à la politique qui a réagi trop tard”, commente Leonhard Kirchensteiner. Ses 143 vaches et veaux ont été abattus vendredi dernier.

Mais, pour M. Kirchensteiner, « l’agriculture biologique n’est pas la solution ». Le bio, c’est plus de travail, cela coûte plus cher, et suppose une agriculture moins intensive, renchérit Bernhard Miller, un éleveur voisin.

Une position que partage la Fédération des agriculteurs bavarois. Les consommateurs doivent être réellement et durablement prêts à payer un prix d’achat plus élevé. En outre, une évolution vers le bio « ne peut se faire du jour au lendemain », souligne un porte-parole.

Aussi le plan annoncé par la nouvelle ministre fédérale de l’Agriculture, l’écologiste Renate Kuenast, de parvenir d’ici 5 ans à 10% de surface agricole biologique (contre 2,4% aujourd’hui) laisse-t-il les agriculteurs bavarois sceptiques.

Mais ils ne considèrent pas avec trop d’hostilité cette « enfant de la ville ». La ministre écologiste « peut apporter un regard neuf » sur l’agriculture, avance même Joseph Lohr, qui redoute toutefois un train de « nouvelles contraintes » en matière d’environnement.

Les éleveurs bio ont pour leur part « beaucoup d’espoir », souligne l’un d’entre eux, responsable du réseau de producteurs biologiques Biokreis et exploitant d’un élevage traditionnel en Haute-Bavière (sud de Munich). « Vous verrez avec quelle facilité les agriculteurs allemands peuvent se laisser convaincre par une politique de subventions plus écologique ».

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