Les « vaches folles » font exploser le budget agricole

Bruxelles (Belgique), 29 janvier 2001 – Une consommation en chute libre, des frigos bourrés à craquer et un budget en explosion : l’aggravation de la crise de la « vache folle » obligera l’Union européenne à des choix difficiles et politiquement délicats.

Les ministres de l’Agriculture des Quinze se sont rencontrés lundi pour la première fois depuis l’entrée en vigueur, le 1er janvier dernier, de la généralisation du dépistage pour les animaux âgés de plus de 30 mois et de l’interdiction totale des farines carnées dans l’alimentation animale.

Ils ont commencé par ajouter trois mesures de précaution pour éviter la propagation de l’Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et, surtout, rassurer des consommateurs aux abois.

La colonne vertébrale, désormais considérée comme un “matériau à risque”, devra être retirée de tous les bovins et les viandes séparées mécaniquement des os seront interdites.

Les graisses de bovins, qui sont utilisées pour enrichir l’alimentation des animaux, devront subir un traitement spécial.

Pas question, toutefois, d’abaisser à 24 mois l’âge du dépistage obligatoire, comme l’a décidé l’Allemagne.

Le ministre français de l’Agriculture, Jean Glavany, s’est déclaré d’accord sur le principe mais a jugé prématuré un tel abaissement alors que le dépistage à partir de 30 mois n’a pas encore réllement pris son envol dans toute l’UE.

Mais l’essentiel était dans le tableau apocalyptique de la situation du marché de la viande bovine dressé par le commissaire européen à l’Agriculture, Franz Fischler.

« La crise est beaucoup plus dramatique qu’on le pensait avant Noël », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

En décembre, la Commission européenne tablait sur une baisse de 10% de la consommation en 2001, un phénomène qui devrait être assez rapidement surmonté par les mesures de restauration de la confiance prises en décembre dernier par les Quinze.

Mais la consommation européenne a chuté non pas de 10, mais de 27% ces derniers mois, avec une pointe en Allemagne (moins 50%), en Italie, en Espagne et en Grèce (moins 40%), la France se situant dans la moyenne avec une baisse de 25%.

Les éleveurs, qui ont gardé leurs bêtes à la fin de 2000 dans l’espoir de voir les prix remonter, sont désormais obligés de faire de la place dans les étables et le phénomène s’aggrave.

De nombreux pays tiers refusent la viande européenne, ce qui n’avait pas été prévu par les services de la Commission.

Enfin, certains, dont l’Allemagne, rechignent à utiliser le mécanisme de destruction qui permet aux éleveurs qui ne veulent ou ne peuvent pas tester leurs animaux de plus de 30 mois de les faire incinérer avec l’aide de l’Union européenne.

A peine 57.000 bêtes ont été abattues dans le cadre de ce programme destiné à éponger les surplus à moindre coût par rapport au stockage de la viande testée ou âgée de moins de 30 mois, dont 60% en France et 28% en Irlande.

Résultat: si la tendance se poursuit, les entrepôts frigorifiques de l’UE risquent d’être encombrés fin 2001 de près d’un million de tonnes, soit leur capacité maximale, et il faudra les vider régulièrement, puisque ce chiffre pourrait doubler d’ici à la fin de 2003, à 2,298 millions de tonnes.

« Si nous faisons cela, les dépenses agricoles exploseront tout simplement, ce qui entraînerait des réductions d’aides dans d’autres secteurs agricoles », a dit Franz Fischler.

L’UE ne dispose que d’un milliard d’euros à consacrer à la crise de l’Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et la Commission a averti que le surcoût pourrait se monter à 3 milliards d’euros, voire, dans le pire des cas, à 8,7 milliards.

« Si la crise s’éternise, on va faire sauter tous les plafonds », a souligné Jean Glavany lors d’un point de presse.

Deux solutions sont envisageables à ce stade.

L’Italie et l’Espagne estiment par exemple que le caractère exceptionnel de la crise justifierait une révision du carcan financier décidé à Berlin en mars 1999.

Jean Glavany a dit que le sujet n’était pour lui pas tabou, mais a estimé que modifier ce plafond à l’unanimité relevait d’une « spéculation sur la comète légèrement hasardeuse ».

Franz Fischler a dès lors exhorté les Quinze à réfléchir à d’autres mesures, comme une réduction des subventions aux élevages les plus intensifs et l’obligation de commercialiser les veaux à un âge précoce pour éviter la prise de poids.

Il envisage aussi de suspendre, de contingenter, voire de supprimer toute une série de primes destinées aux éleveurs.

Des propositions précises seront fournies aux ministres de l’Agriculture des Quinze lors de leur réunion de février.

Mais la discussion sera difficile.

La suspension de ces primes risquent de mettre le feu aux campagnes et certains pays, comme le Portugal, estiment qu’il suffit de réduire les restitutions à l’exportation de céréales, dont la France est la plus importante consommatrice.

A plus long terme, l’Allemagne risque de remettre sur la table sa proposition de cofinancement de l’Europe verte (par l’Union européenne et les Etats membres), qui avait en 1999 provoqué une crise avec la France.

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