Semis 2019: Progrès inégaux sur le terrain

La Montérégie affiche les plus importants retards

En date du 23 mai, l’avancement des semis au Québec demeure une histoire de cas par cas dans ce début de saison inhabituel. Dans les sols lourds, les travaux tardent à se faire tandis que les sols sableux sont avantagés durant cette saison froide et humide. Les plus petits producteurs tirent aussi leur épingle du jeu cette année en ayant moins de superficies à faire. “Parmi les petits producteurs, certains ont complètement fini le maïs, tandis que les moyens ont complété 40-50% et les plus gros ont fini de 15 à 20% des semis”, note Vincent Chifflot, représentant pour Dekalb dans la région de Québec. L’agronome remarque que les régions de la province les plus à l’est, telles que la Beauce et Bellechasse progressent mieux en raison de la nature de leurs sols. Et comme les producteurs laitiers sont majoritaires dans ces endroits, il est moins question de changement d’hybrides. Le but est de mettre le maïs en terre à temps pour récolter le maïs-ensilage cet automne.

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Jeunes plants de maïs.

Même son de cloche de la part de Sébastien Brière. Le représentant de Syngenta se trouvait sur la route de retour du Saguenay ce jeudi et en a profité pour arrêter sur l’Île d’Orléans. Si le retard est marqué en Montérégie, les semis sont dans les dates dans les deux régions visitées. “Les céréales sont débutées, même chose pour les pommes de terre et les carottes”, raconte l’agronome qui s’est arrêté à Saint-Ambroise et à Shipshaw. “On a l’habitude de mettre en terre dans les alentours du 20-25 mai, ce qui est le cas cette année. C’est encore froid avec des zéro Celsius parfois mais les gens vont de l’avant. C’est la même chose à l’Ile d’Orléans où de 20% à 25% des céréales sont complétées”.

Selon la nature des sols et des champs, des producteurs ont débuté leurs semis de soya en attendant que les champs destinés au maïs soient prêts. M.Chifflot estime qu’environ 5% des semis de soya sont terminés plus à l’est. Il remarque aussi beaucoup de changements dans les plans de culture. Le champ retenu pour le maïs devient un champ de soya et vice-versa.

Le type de travail au sol ne semble pas non plus avoir d’impact sur les travaux. Le cas par cas s’applique aussi, selon la région et le producteur. Les retours de maïs sont toutefois plus difficiles à travailler. “Ça ne sèche tout simplement pas. Il y a eu une vingtaine de journées à 10-12 degrés Celsius avec un vent d’est et seulement quelques unes avec un vent de l’ouest. Les retours de soya s’opèrent beaucoup plus facilement puisqu’ils ont moins de débris”.

Malgré le retard des semis, les changements d’hybride ne sont pas nombreux pour le moment, même si certains producteurs ont préféré ne pas prendre de chances. Les travaux dans le coin de Saint-Liboire et Saint-Hugues en Montérégie ont débuté. Les producteurs ont pu passer quelques coup de vibro entre deux averses et des semis de maïs ont pu avoir lieu le 22 mai. Les prix du maïs ne sont peut-être pas étranger à la décision des producteurs de poursuivre dans les semis de la céréale au lieu de changer pour le soya. Quand à la décision de changer ou non d’hybride, il faut évaluer selon lui le risque entre un hybride qui pourra atteindre un niveau de maturité plus élevé et un poids spécifique plus grand et un autre plus hâtif qui pourrait donner des grains plus légers au moment de la récolte. “Ce qui nous pend au bout du nez, c’est un gel hâtif mais les résultats pourraient être tout de même intéressants si on a un bel automne.”

Pour l’instant, Dekalb se dit prête à répondre à la demande de la part des producteurs. “On a fait venir du maïs de nos installations depuis une à deux semaines. Est-ce que ce sera du 2800 ou du 2600? Difficile à dire pour le moment mais on fait nos écureuils!” L’agronome se dit toutefois optimiste: si les semis se font plus tard, la chaleur aidera à la germination et les plants sortiront de terre plus vite.

Le constat est le même pour les terres noires de Saint-Rémi, ou encore les environs de Saint-Damase, Saint-Thomas et l’Assomption où les travaux sont en retard chez les maraichers. Selon les échos de ses collègues, Sébastien Brière est convaincu que les semis se poursuivront en juin en Montérégie. Il poursuit avec une recommandation; “Le traitement des semences sera important cette année, que ce soit pour le maïs, le soya et les pommes de terre. Il faudra aussi surveiller les mauvaises herbes puisque les conditions actuelles sont favorables à leur émergence”.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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