Ligne de temps

Une récolte qui se traine les pieds

Avec la perspective d’une récolte record, plusieurs étaient ceux qui attendaient avec impatience la récolte de soya afin de vérifier si les pronostics s’avéraient fondés. Malheureusement, les journées de beau temps ont de la difficulté à s’enligner suffisamment pour assurer un passage des machineries dans le champ. Conséquence, la récolte traine de l’arrière, malgré des plants à maturité.

En date du 25 septembre, 13% du soya de la province était récolté, selon la Financière agricole. Certaines zones de la Montérégie étaient le plus en avance avec 33% des champs terminés, mais la moyenne se situait entre 10% et 15%. C’est d’ailleurs le résultat qu’on retrouvait ailleurs dans la province avec 10% en Outaouais, en Chaudières-Appalaches et dans la Capitale-Nationale, 8% dans le Centre-du-Québec, Laurentides-Laval et Mauricie, et 13% dans Lanaudière.

« Ceux qui ont pu commencer en septembre était ceux qui avaient des variétés hâtives. Ils ont pu bénéficier de bonnes conditions », explique Guillaume Doré, agronome pour Sevita, division Proseeds. Selon lui, 15% des champs sont récoltés pour l’instant. « On ne fait que commencer. »

« Oui, nous avons commencé », indique pour sa part Johanne Van Rossum, productrice en Montérégie. « Si je prends seulement chez nous,  nous avons environ 60 % de la récolte de complété.  Mais il nous reste tous nos clients à forfait qui ne sont pas équipés pour sécher du soya.  Donc globalement, nous sommes à environ 15 % de tout le travail de récolte de soya ».

Même son de cloche du côté de Québec où les progrès sont estimés entre 15 et 20%, selon Vincent Chifflot de Dekalb. «La pluie fait en sorte que la récolte est au ralenti. Les producteurs y vont par petits coups dans les champs, aussitôt que c’est assez sec pour battre ».

La bonne nouvelle est que le rendement semble être au rendez-vous, sans toutefois fracasser de records. « Les rendements sont très bons, mais pas de record à date.  On a enregistré 4 t/ha et plus, mais le défi est l’humidité à la récolte.  Les conditions météo n’offrent pas beaucoup de journée ensoleillées.  L’humidité de la fève se situe entre 15 % et 17 % humidité. Puisque le commerce exige un taux de 13 %, il faut soit le passer au séchoir ou attendre que dame Nature fasse son oeuvre.  Les conditions de sols sont humides, mais la portance est encore très bonne, grâce au temps sec de cet été ».

Guillaume Doré confirme avec des rendements qui devraient être dans la moyenne supérieure cette année, avec 3,0 à 4,2 t/ha, une conséquence du temps sec qui a permis d’éviter les maladies. « Ce sera mieux que l’an dernier, selon moi. Les Américains disent « Rain makes grain », mais dans le cas du soya, c’est plutôt le contraire ».

Les pronostics se sont également concrétisés dans les environs de la Capitale-Nationale. «C’est nettement mieux qu’en 2017. Il ‘y a quasiment pas de moisissure cette année  et presque pas de maladie. L’année dernière, les plants étaient trop courts. Il y avait eu tellement de pluie que les plants étaient demeurés courts, ce qui avait compliqué la récolte. Le désherbage a par contre été un défi cette année. PLuiseurs herbicides n’ont pas bien fonctionné à cause du manque de pluie », mentionne Vincent Chifflot.

Pour ceux en mesure d’entrer dans le champ, récolter pour ensuite sécher est une bonne stratégie, selon Guillaume Doré. Il suffit de veiller à ne pas ramasser le grain au-delà de 18% d’humidité et de veiller à ne pas trop sécher les grains pour ne pas affecter la qualité.

Pour ce qui est de la météo des prochaines semaines, il semble assuré que du temps plus froid est à prévoir avec un retour des températures dans les normales de saison, avec quelques journées ensoleillées. Reste à voir si le beau temps réussira à s’accrocher suffisamment longtemps pour permettre de terminer la récolte de soya.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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