Les deux côtés du fromage

Les revenus des producteurs laitiers en France ont chuté de près de 50 % en 2009.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2011

par Marie-Claude Poulin, rédactrice en chef adjointe

Je reviens de la France. L’une des premières choses que j’ai faites en débarquant de l’avion   a été de me précipiter dans une épicerie, histoire de faire des provisions. La    réputation des fromages français n’est plus un secret pour personne. On entend cependant moins parler des yogourts, pourtant ils sont absolument succulents. Toutefois,  quand on pousse l’affaire un peu plus loin, qu’on s’informe de la situation des producteurs laitiers, qu’on découvre les difficultés qu’ils ont traversées au cours des dernières  années et surtout les prix auxquels ils ont écoulé leur lait…il y a de quoi avaler son camembert de travers !

Les producteurs laitiers français ont vécu une crise majeure. En 2009, ils ont vu leurs revenus chuter de près de 50%. En 2008, le prix de base moyen payé aux   producteurs s’élevait à 340 euros/1000 litres (458 $ ou 0,46 $/L). Il est descendu jusqu’à 260 euros (350 $ ou 0,35 $/L) en 2009. L’abandon du système de régulation des prix, le relâchement de la maîtrise des volumes et la crise économique ont mis les producteurs dans une situation désastreuse.

En juin 2009, les différents acteurs du secteur se sont entendus sur un nouveau système de fixation des prix. Selon cet accord, différentes variables doivent être prises en  compte dans la fixation des prix, entre autres, le coût de production et les cours sur les marchés mondiaux. Les prix payés aux producteurs sont fixés chaque trimestre pour   suivre justement la fluctuation des coûts et des prix sur le marché mondial.

Dans la pratique, il semble que les transformateurs aient été plus enclins à réviser à la baisse les prix payés aux producteurs quand les cours baissaient, que de les réajuster  quand ceux-ci remontaient, comme c’était le cas l’été dernier. Du moins, c’est ce que les producteurs leur reprochent.

À la suite de la grève du lait, enclenchée en septembre 2009, les manifestations se sont enchaînées. Les producteurs ont bloqué des routes, jeté volontairement du lait pour   protester contre les prix jugés trop bas, incité la population à boycotter certaines marques. Ils ont réussi à obtenir une remontée des prix au dernier trimestre, ce qui fait  qu’ils auront obtenu en 2010 un prix moyen de 300 euros/1000 litres (404 $ ou 0,40 $/L).

En comparaison, grâce aux mécanismes mis en place, un producteur canadien a reçu 0,82 $ sur chaque contenant d’un litre de lait 2% notamment. Bien sûr, le lait dédié à  la transformation est payé moins cher aux producteurs et il représente environ 60% du volume de lait produit. Les consommateurs, quant à eux, ont payé ce même  contenant de lait au maximum 1,65 $. Même en période de crise économique, tant les producteurs que les consommateurs canadiens ont profité de prix relativement stables et raisonnables.

Pas besoin de mentionner que les éleveurs français envient le système canadien de la gestion de l’offre… Certains militent même pour qu’un hybride soit mis en place dans   leur pays. Il faut dire que la dérèglementation dans le secteur agroalimentaire n’est jamais très favorable aux producteurs, pas plus qu’aux consommateurs d’ailleurs,  malgré la croyance populaire. Il semble que ce sont plutôt les intermédiaires qui garnissent leurs poches. Il serait utopique de penser que les prix au détail des produits laitiers d’ici baisseraient s’il y avait dérèglementation…

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