Place aux plastiques plus résistants

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

La nouvelle génération de toiles pour couvrir les silos-couloirs est plus que jamais imperméable à l’air. Résultat : il y a moins de pertes d’ensilage !
par Nancy Malenfant

Des plastiques plus résistants et plus étanches à l’oxygène sont désormais accessibles aux producteurs qui entreposent leurs fourrages en siloscouloirs. Parmi ceux qui en ont déjà fait l’essai, tous ont remarqué une réduction drastique des pertes d’ensilage. Pour un léger coût supplémentaire, les avantages sont réels : une qualité plus uniforme de l’aliment servi aux vaches et une diminution de la main-d’oeuvre pour retirer la couche d’ensilage dégradée sur le dessus du silo.

Deux concepts, une même efficacité
Au Québec, Silostop et Feedfresh sont les deux marques offertes de la nouvelle génération de couvertures plastiques pour silos-couloirs. La toile Silostop se compose entre autres de nylon qui accroît sa résistance et la rend 20 fois plus efficace à bloquer la pénétration de l’oxygène dans l’ensilage que le plastique conventionnel noir sur blanc. Très mince, de 1,8 mil (0,05 mm), la bâche agit comme un papier cellophane en adhérant à toute la surface de l’ensilage, évitant ainsi les poches d’air.

La toile Feedfresh combine dix épaisseurs dont une couche barrière contre l’oxygène et une couche faite de fibres qui accroît sa résistance. Sa capacité à bloquer l’oxygène est de 400 fois supérieure au plastique conventionnel. Son épaisseur de 7,5 mil (0,19 mm) est supérieure ou comparable à celle des bâches noir et blanc standards. Elle varie entre 5 et 8 mil (0,13 et 0,2 mm).

Réduction des pertes

Urs Studhalter, copropriétaire de la ferme Irma à Saint- Albert près de Victoriaville, a un troupeau de 300 têtes, dont 120 vaches en lactation. Il gère un volume d’environ 1200 tonnes de maïs ensilage et de 2000 tonnes d’ensilage d’herbe entreposé en totalité en silos-couloirs.

Las de perdre une grande quantité d’ensilage chaque année à cause d’une conservation déficiente, il a entrepris de trouver une alternative au plastique conventionnel noir et blanc. « On essaie de faire de bons fourrages, de récolter de la première qualité, mais on en gaspille une partie par la suite », explique-t-il. À la suite de visites de fermes aux États-Unis et dans l’Ouest canadien en 2008, Urs Studhalter a finalement pris contact avec la compagnie albertaine qui commercialise la bâche Silostop afin de pouvoir l’utiliser sur sa ferme.

Les résultats ont été plus que probants. L’an passé, le producteur, qui avait toujours eu des pertes d’environ 5 % avec un plastique standard seul, estime qu’il a eu moins de 1 % de perte en utilisant le Silostop Clear en dessous d’une bâche plastique standard. « Pour un volume important d’ensilage, ça fait toute une différence », souligne-t-il.

Urs Studhalter a fait la transition à la toile Feedfresh cette année. À l’ouverture du silo vers la fin juin, les pertes étaient quasi nulles. Il préfère celle-ci au Silostop, car il n’y a qu’une seule épaisseur de plastique à appliquer.

Ce n’est pas les heures supplémentaires pour installer deux toiles au lieu d’une qui a convaincu Urs Studhalter d’utiliser le Feedfresh, mais plutôt le vent sévissant chez lui qui compliquait l’installation d’une double épaisseur de plastique.

Appétence et qualité
La ferme Léonard Morin de Sainte-Claire de Bellechasse possède quatre silos-couloirs pour un troupeau de 170 têtes (80 vaches). En appliquant Silostop cette année sur sa première coupe, Maxime Morin a eu une excellente surprise. Lorsqu’il a ouvert son silo-couloir quelques semaines plus tard, il a constaté que la qualité était uniforme sur toute la hauteur du silo. « D’habitude, il y aurait eu une couche de deux-trois pouces en surface que j’aurais dû jeter », dit-il.

Si de l’ensilage de mauvaise qualité parvient à la mangeoire, les animaux qui en consomment verront probablement leur santé et/ou leur production touchées. L’ingestion d’ensilage gâté peut affecter la stabilité ruminale des vaches laitières, l’ingestion de matière sèche et le gain moyen quotidien des animaux de boucherie.

Moins de main-d’oeuvre et de déchirures
Un autre avantage d’un silo bien scellé est la réduction du temps passé à enlever de l’ensilage gâté à la fourche pour éviter de le distribuer aux animaux. Cette opération doit être réalisée manuellement et gruge énormément de temps.

Grâce à une diminution de moitié de ses pertes de surface avec la bâche Silostop, Patrick Garand de la ferme Gerlac à Victoriaville calcule qu’il épargne un temps énorme à ne plus pelleter sur le dessus du silo. « Je n’y passe pas plus qu’une heure ou deux par semaine », dit-il.

Il faut aussi considérer que l’ensilage écarté est souvent jeté dans la fosse à fumier ensuite, ce qui augmente le volume de fumier à épandre et accroît par le fait même le temps et les coûts consacrés à l’épandage.

Par ailleurs, Patrick Garand a constaté la résistance supérieure de la bâche Silostop quand il l’a essayée pour la première fois à l’automne 2009. « Même si on a marché dessus lorsqu’on l’a installée, elle n’a pas percé. » Même son de cloche du côté de Urs Studhalter qui avoue rouler sur son silo avec le Gator sans craindre de percer sa toile Feedfresh.

Des dollars à la clé
L’aspect rentabilité de cette nouvelle technologie est extrêmement intéressant. Voici un exemple de calcul avec Silostop. Pour un silo-couloir d’une capacité d’environ 3000 tonnes de maïs ensilage, une réduction de 10 % de pertes dans le mètre supérieur représente une valeur de 2700 $ d’ensilage. Bien que le coût du plastique à faible pénétration d’oxygène soit près du double de celui du plastique régulier, on obtient quand même un profit net de près 1500 $ avec Silostop par rapport à un plastique conventionnel.

Avec tous ces avantages, ce nouveau type de toile a un avenir prometteur. À mesure que les troupeaux grossissent, on voit une tendance vers l’alimentation à la RTM (ration totale mélangée) et davantage de producteurs vont envisager la construction de siloscouloirs pour l’entreposage des fourrages. Les toiles nouvelle génération aideront ces éleveurs à minimiser leurs pertes d’ensilage et à toujours servir un aliment de qualité à leurs animaux.

Informations :
Silostop : Nutripartenaire inc., Joël Cormier, 418 803-8138
Feedfresh : Ferme Irma, Urs Studhalter, 819 358-6331

Encadré : Silostop en deux versions
Silostop offre deux variantes de bâche plastique. La première, Silostop Clear, nécessite l’application d’un plastique opaque standard par-dessus pour bloquer les rayons UV et l’attaque des oiseaux. Avec la deuxième version, Silostop BW, une seule épaisseur de toile est requise puisqu’il s’agit d’un plastique régulier sur lequel a été appliquée la base de nylon Silostop Clear. Selon Joël Cormier de Nutripartenaire, distributeur du Silostop au Québec, l’inconvénient de la version BW est la perte de l’effet cellophane. « On recommande autant que possible la version claire accompagnée d’une toile standard pour un maximum d‘efficacité », dit-il.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Par rapport à un plastique standard noir et blanc seul, la combinaison de la toile Silostop Clear avec un plastique standard (à gauche) crée une barrière efficace contre l’oxygène et contribue à une meilleure conservation de l’ensilage.
2. Les toiles nouvelle génération diminuent de façon drastique les pertes de matière sèche et de qualité sur le dessus du silo. Ici, on ne voit aucune moisissure ou dégradation visible de l’ensilage alors que des essais sur le terrain ont démontré que la perte peut s’étendre jusqu’à 18 pouces de profondeur avec un plastique standard.
3. Outre une couverture étanche, le compactage du silo pour obtenir une bonne densité d’ensilage (210-240 kg MS/m3 dans le mètre supérieur) est l’autre facteur qui permet de s’assurer d’une bonne conservation de ce dernier.

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