Une année parfaite pour le soya

Les  craintes étaient nombreuses pour le soya au terme d’une année considérée difficile : semis tardif, printemps froid, sécheresse, mauvaises herbes présentes, etc. Mais au final, aucune de ces inquiétudes ne s’est avéré fondée. Les rendements du soya sont très bons à certains endroits, malgré tous les obstacles pressentis.

Robert Barrette, expert-conseil chez SG Ceresco, a pu observer les conditions en place dans toutes les régions du Québec depuis le printemps jusqu’à la récolte. Il le confirme, la Montérégie a connu des périodes « très très sèches » alors que la région de Québec a été assez bien arrosée. Pourtant, les résultats sont meilleurs dans le sud. Pourquoi?

Les plants de soya ont fait face à des conditions difficiles avec un printemps froid et sec mais au fur et à mesure de la croissance des plants, ces derniers ont tiré avantage du contexte. Par exemple, l’absence de maladies racinaires n’a pas hypothéqué les jeunes plants. Les conditions sèches ont aussi fait en sorte qu’ils ont poursuivi leur croissance avec peu de maladies foliaires ou d’insectes. La pollinisation s’est ensuite déroulée sur une très longue période donnant plus de chances aux fleurs d’être fertilisées. Les plants se sont garnis de gousses par entre-noeud jusqu’au sommet de la plante, ce qui est rarement le cas. Et malgré l’absence de pluie, les nuits ont été chaudes et humides, ce qui a permis aux plants d’aller chercher l’humidité dont ils avaient besoin. La pluie est ensuite arrivée en août à minuit moins une, fait remarquer l’expert. Toutes les fèves ont pu ainsi atteindre leur maturité à temps.

Les seuls problèmes cette année fait remarquer M.Barrette résident dans la présence de mauvaises herbes. Certains producteurs ont dû appliquer jusqu’à trois arrosages cette année. La chaleur de septembre a aussi créé une dichotomie dans la maturité physiologique du plant, avec des gousses à maturité et une tige verte toujours en croissance.

Au final, les conditions sèches en Montérégie n’ont pas pénalisé les récoltes, au contraire. Les plantes ont acquis un système racinaire très développé et profond qui est allé chercher l’eau plus loin dans le sol, ainsi que les nutriments dont les nodules avaient besoin pour se développer. En contrepartie, la région de Québec a eu de l’eau au printemps mais la sécheresse qui a suivi a été plus dommageable parce que les plants n’avaient pas le système racinaire pour s’adapter à ce stress, surtout dans les terres plus lourdes.

Potentiel et contexte

En cette année idéale dans le sud de la province, les cultivars se sont développés au maximum de leur capacité. « Ils ont donné un rendement égal à supérieur à la variété », insiste M.Barrette. « 2016 est une année exceptionnelle. On ne peut pas attribuer les résultats à une amélioration des cultivars. Ce sont les conditions qui ont été parfaites, comme celles qu’on retrouve en serre. Le timing a été parfait à chaque étape.»

Mais il faut se pencher sur une autre explication pour comprendre les variations de rendements d’un champ à l’autre, fait valoir l’expert. “Plus le sol est préparé, plus il va pouvoir supporter les excès”, analyse M.Barrette. Une terre de qualité va faire la différence dans ce contexte et met l’accent sur l’importance d’une bonne terre, bien drainée, profonde et riche en nutriments. « On ne regarde pas assez ce qu’on a sous les pieds. Le sol est vivant. Au lieu de regarder le cultivar ou les intrants, cela vaudrait la peine de prendre des plants pour examiner leur système racinaire. S’il est développé, il va aller chercher ce qu’il faut dans le sol et le plant va pouvoir se développer ».

L’expert rappelle qu’il est parfois inutile de vouloir chercher la solution à des problèmes de rendement dans le cultivar. « Ça ne sert à rien d’avoir une Formule un dans le champ si le sol ne peut pas l’amener à son maximum ». Les rotations prouvent aussi qu’elles ont leur place, ainsi que les drainages, surtout depuis que les prairies ont quasi disparu du paysage. La percolation du sol est plus courte et des drains de jonction pourraient être nécessaires, selon les types de sol. «Il vaut mieux trouver des solutions agronomiques que dépenser en fou en intrants. Il faut se poser la question si on a vraiment besoin d’appliquer de cet intrant, herbicides ou pesticide. La prévention vaut mieux en conclusion que le curatif.»

M.Barrette met aussi en garde contre les comparaisons et des attentes exagérées pour l’avenir. « On a connu deux années exceptionnelles consécutives, ce qui est très rare en agriculture (…) Il ne faut pas s’attendre à avoir des rendements semblables à chaque année. »

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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