Ligne de temps

Le prix du maïs va-t-il exploser?

Bon, avec un tel titre, j’en vois plusieurs qui n’hésiteront pas à lire cette chronique avec empressement! Mais, détrompez-vous, je ne vois pas pour autant le prix du maïs au Québec bondir brusquement, enfin pas pour l’instant, surtout en pleine période récolte.

Si je prends le temps d’écrire cette chronique, c’est qu’il y a par contre quand même anguille sous roche dans le marché du maïs. Quelque chose d’étrange qui, oui, me fatigue un peu depuis déjà 2-3 semaines à Chicago. Rassurez-vous, rien de négatif…

Comme chaque année avec la période récolte, le prix du maïs à Chicago est sous pression. Après avoir atteint un sommet cet été à plus de 4,00 $US/boisseau, il a depuis fondu à moins de 3,40 $US/boisseau. En tonnes, on parle d’un recul de près de -24$US, ou encore -30 $CAN avec un taux de change à 0,79 $US pour 1$CAN.

Sans grande surprise, avec l’effet de l’approche des récoltes et de meilleurs rendements que prévu sur les prix, les spéculateurs à Chicago ont donc commencé dès la fin de l’été dernier à s’investir dans le marché du maïs. Pas nécessairement du bon côté de la clôture, pour ceux qui auraient plutôt aimé voir le prix du maïs grimper. Petite explication…

À Chicago, il existe différents types de joueurs qui transigent avec différents objectifs. Bien entendu, ceux qui font le plus « jaser » sont les spéculateurs, puisqu’ils entrainent à la hausse comme à la baisse des changements parfois importants et rapides des prix. Et, quel est l’objectif des spéculateurs? Faire des profits, idéalement, le plus rapidement possible bien entendu.

Pour parvenir à leur fin, les spéculateurs ont deux manières d’engranger des profits. Ils peuvent acheter par exemple du maïs à Chicago en vue de les revendre par la suite plus cher, et d’empocher la différence. Cette manière de fonctionner est relativement simple et logique. Les spéculateurs choisissant d’investir de cette façon lorsqu’ils croient que le marché du maïs peut grimper davantage.

Par contre, ils peuvent aussi faire l’opposé, c’est-à-dire vendre du maïs pour ensuite le racheter et empocher la différence. (Je vends à 4,00 $US/boisseau et je rachète à 3,40$US/boisseau pour un profit de 0,60 $US/boisseau…) Dans ce cas-ci, les spéculateurs choisiront d’adopter cette approche s’ils croient que le marché du maïs peut reculer davantage.

Maintenant, de retour à ce qui se passe présentement, le hic dans tout ça?

Quand on surveiller semaine après semaine le comportement des spéculateurs, on peut savoir s’ils sont nombreux, voir trop nombreux, à penser la même chose. Il suffit de connaître et suivre le rapport hebdomadaire du CFTC aux États-Unis qui nous dit combien de spéculateurs ont vendu ou acheté, dans ce cas-ci, du maïs.  Or, cette information est importante.

En effet, si les spéculateurs ont par exemple vendu beaucoup de maïs dans l’espoir d’engranger des profits sur une baisse supplémentaire de sa valeur, ce qui est le cas présentement, on assiste à une « bulle spéculative » qui gonfle de semaine en semaine. Et, qui dit bulle spéculative sous-entend aussi que tôt ou tard, elle peut (et doit…) se dégonfler.

Il y a deux manières que cette bulle puisse y parvenir.

La première, sur un imprévu que n’avaient pas vu venir les spéculateurs. Ce pourrait être un problème météo important en Amérique du Sud (La Nina…Voir Le Bulletin: Ça y est, la visite annoncée est arrivée) où la saison ne fait que débuter, ou encore d’importantes ventes à l’exportation de maïs américain successives par exemple.

Dans ce cas-ci, et c’est sans aucun doute ce que souhaite le plus les producteurs qui veulent vendre leur maïs, les spéculateurs prendront le mors aux dents. Et, comme ils ont fortement misé sur une baisse du prix du maïs, surpris, ils seront forcés de racheter rapidement ce qu’ils ont vendu. La bulle éclate, et par effet d’entrainement, le prix du maïs bondira alors à Chicago.

La seconde est moins excitante pour le prix du maïs, mais reste constructive. Il n’y a pas nécessairement d’imprévus importants qui font surface. Par contre, tranquillement, les spéculateurs réalisent qu’il n’y a plus matière à envisager un recul supplémentaire du marché du maïs à Chicago. Les récoltes américaines sont terminées, les exportations américaines reprennent un peu de vigueur et la saison en Amérique du Sud est « ordinaire », laissant envisager des récoltes qui seront conformes aux prévisions. Dans ce cas-ci, tranquillement, les spéculateurs quitteront donc le navire à défaut de pouvoir engranger des profits supplémentaires. S’il n’y a pas nécessairement de rebond intéressant du marché du maïs à Chicago, à tout le moins, le retrait des spéculateurs a alors pour effet de stabiliser et raffermir les prix.

Dans les deux cas, on retient que la situation devrait être avantageuse pour le marché du maïs à Chicago, même si on peut souhaiter davantage que la bulle éclate plutôt qu’elle ne se dégonfle.

Concrètement, pour les producteurs au Québec, ce veut dire qu’il faut encore s’armer de patience un peu, mais que quelque chose se trame en arrière-plan. Présentement, le prix du maïs ne vaut pas cher en pleine récolte. À moins de surprise, je doute également qu’il y ait un changement de cap important. Par contre, cette spéculation excessive à Chicago ajoute une touche constructive en vue de meilleurs prix, et peut-être plus rapidement qu’on ne pourrait le croire si la bulle éclate brusquement.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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