Gel mortel sur les cultures

Après un été qui a battu maints records de chaleur, le mois de septembre s’est amené avec des températures froides qui ont offert tout un contraste, à tel point que le mercure a chuté sous le point de congélation partout maintenant dans la province. Ce gel précoce survient deux bonnes semaines avant les dates habituelles du début octobre pour le sud du Québec. Les conséquences risquent donc d’être nombreuses pour le rendement et la qualité des futures récoltes.

L’impact dépendra cependant de bons nombre de facteurs, souligne Stéphane Myre, agronome chez Dekalb, surtout pour le maïs. «  Il faudra voir selon l’avancement des grains. La ligne de lait est assez avancée, environ dans 80% des cas (pour la région de Saint-Hyacinthe). L’amidon est déjà formé dans le grain. Le poids spécifique des grains pourrait peut-être atteint toutefois ».

La moitié supérieure des feuilles de ce plant de maïs a subi des dommages par le gel. PHOTO : Gilbert Brault

Parmi les facteurs, il faut considérer le stade de développement de la culture, le bagage génétique de l’hybride, l’état de santé du plant, la température minimum enregistrée et la durée de l’épisode de gel.

Un tableau fourni par Dekalb permet de se faire une idée des possibles dommages, selon l’avancement des plants. Il faudra, par contre, quelques jours (cinq à sept jours) avant de prendre la mesure de l’impact du gel sur les plants. Même si les feuilles montrent des signes d’avoir été atteintes, il faut examiner les tiges, le pédoncule et les parties du plant pour constater jusqu’où le gel s’est avancé.

La bonne nouvelle : le champ visité par M. Myre à Saint-Simon en matinée mercredi n’était pas vraiment affecté, malgré les nombreuses gelées signalées dans les derniers jours. « La semaine qui vient s’annonce chaude, ce qui va aider les cultures. Si le froid s’était poursuivi, la machine aurait été enclenchée pour signaler la fin de la saison. »

Si les feuilles inférieures sont encore vertes, le plant de maïs peut continuer à croître et à se développer. Même si les feuilles sont endommagées, les nutriments en réserve dans la tige peuvent continuer à être distribués par translocation vers les épis.

L’agronome mentionne également que le point noir indiquant que les grains sont près de la maturité est presque atteint. Les dommages pourraient donc être limités.

L’inquiétude de plusieurs producteurs réside toutefois dans le fait de la grande variabilité des plants cette année dans un même champ. Il est vrai que les régions où le stress hydrique a été le plus important risquent d’être les plus atteintes, confirme Stéphane Myre. C’est particulièrement le cas dans les régions au nord de Saint-Hyacinthe, et entre Varenne et Verchères.

Soya

L’effet du gel dans un champ de soya en fin de saison dépend du stade de croissance de la culture au moment de l’événement. Il est rare que le gel entraîne des pertes de rendement une fois que le soya a atteint la maturité, soit le stade de croissance R8.

Un dommage aux feuilles supérieures des plants de soya signale habituellement une brève exposition au froid. En revanche, si l’ensemble des feuilles sont affectées et s’approchent de la tige, des pertes de rendement pourraient survenir.

Un gel hâtif peut ralentir le séchage de la culture au champ. En contrepartie, le soya peut être laissé au champ aussi longtemps que nécessaire pour sécher, à condition que les conditions météo après le gel soient favorables. Si le soya est récolté à un taux d’humidité supérieur à celui souhaité, on peut considérer la possibilité d’entreposer la récolte à la ferme, dans un silo aéré uniformément durant deux à quatre semaines. « Cette intervention peut contribuer à abaisser le taux d’humidité et peut aider certains grains verts à acquérir leur couleur normale à maturité », selon Stéphane Myre.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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