La gourgane dans l’alimentation des vaches laitières

Photo: Jean Girard
Photo: Jean Girard

En plus des fourrages, les vaches québécoises consomment de la moulée ou du supplément composé très souvent de tourteau de soya. Sauf que le soya ne pousse pas au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il faut l’importer. Il existe pourtant un substitut qui pousse très bien dans la région : la gourgane.

Avant de servir de la gourgane à toutes les vaches laitières de la région, il faut en connaître davantage. C’est pourquoi, dans son nouveau service régional d’innovation de proximité dédié à la production laitière, Agrinova a mis sur pied des projets. L’agent scientifique et d’innovation en production laitière, Jean Girard, en est responsable.

Un premier projet vise à vérifier l’introduction de la graine de gourgane dans la ration. Dans un deuxième projet, la gourgane à fleurs colorées contenant des tannins sera utilisée. Ces tannins ne nuiraient pas aux polygastriques comme les vaches, contrairement aux monogastriques comme les porcs et les poulets. Ce projet vise à valoriser la graine de gourgane dans l’alimentation des bovins laitiers et à évaluer l’effet de ses tannins sur la production laitière, les composantes du lait et les émissions de gaz à effet de serre.

C’est un gros projet de 351000 $ sur trois ans, mené par Agrinova en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et le Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Sherbrooke, secteur Lennoxville. Le projet est financé par le Fonds de recherche agroalimentaire axé sur l’agriculture nordique du Saguenay–Lac-Saint-Jean (FRAN-02) et par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG). Il implique quatre fermes laitières de la région, dont le seul producteur à grande échelle de gourgane, la Ferme Éloïse, et la ferme du Collège d’Alma.

L’utilisation de la gourgane est notamment pressentie pour réduire l’empreinte environnementale des vaches laitières. Le chercheur Chaouki Benchaar, d’Agriculture Canada à Lennoxville, évaluera les émissions de gaz à effet de serre dans les chambres que le Bulletin des agriculteurs vous présentait dans l’article Solutions au méthane des vaches, en octobre dernier.

Contrairement au soya qui contient beaucoup d’huile, la gourgane peut être servie telle quelle aux vaches, simplement roulée grossièrement. La gourgane renferme près de 30 % de protéines brutes sur une base de matière sèche et 1,74 Mcal ÉNL/kg, mais seulement 1,1% de matière grasse. Elle est aussi économique en considérant un rendement de 4,94 t/ha (2 t/ac). Si la gourgane est achetée à 450 $ la tonne métrique, le producteur sauverait 0,60 $ par vache par jour en frais d’alimentation. L’ajout de 4 kg de gourgane permettrait d’économiser 2 kg de supplément et 2 kg de maïs-grain.

En entrevue, Jean Girard a mentionné que plusieurs producteurs de la région voudraient semer de la gourgane dès cette année. Ce dernier souhaite cependant que les producteurs attendent les résultats des études avant de passer à l’acte.

Cet article est un extrait de l’article La force du groupe paru dans l’édition de mars 2014 du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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