L’épineuse question des maturités

«Je me demande si mon soya tardif sera vraiment plus rentable que mon hâtif»

Ces jours-ci, Yanick Beauchemin ronge son frein. Avec cette pluie qui tombe à tous les deux jours, il n’arrive pas à finir la récolte de son soya. Le producteur de Sainte-Monique, dans le Centre-du-Québec, a pu battre ses 75 acres de soya hâtif en septembre. Il a pris l’habitude de réserver une partie de ses 160 acres de soya à des variétés dont la maturité est inférieure de 50 à 100 UTM à ce qu’offre la zone, soit 2650 UTM. «Ça me permet de semer du seigle ou du blé d’automne à une date optimale», explique celui qui travaille aussi comme conseiller au Club agro Yamasol. Mais voilà, il lui reste 85 acres de soya tardif à battre et il redoute ce qui l’attend. Récolter du grain à 19 % d’humidité plutôt qu’à 13 %. Laisser des traces de roues dans le champ. «Je déteste jouer dans la bouette», s’exclame-t-il.

«Dans ces conditions, je me demande si au final, mon soya tardif sera plus rentable que mon hâtif», confie-t-il. Son doute est d’autant plus grand que son soya hâtif a donné cette année un rendement très solide, soit environ 1,8 tonne à l’acre (4,4 t/ha). «C’est surprenant comment, depuis quelques années, le rendement des variétés hâtives s’est rapproché de celui des variétés tardives, observe-t-il. Il me semble qu’il n’y a presque plus d’écart. Cette année, mon soya hâtif compte trois fèves par gousse, parfois même quatre, alors que mon tardif n’en a souvent que deux. Quand on calcule tout ça, je ne suis pas sûr que c’est plus avantageux de semer une variété tardive.»

Qu’en pense un spécialiste de ce choix? «Je crois que son raisonnement se tient, opine Gilles Corno, des Semences Pride. Le potentiel de certaines variétés hâtives tend à se rapprocher de celui des tardives. En fait, les variétés classées 0.7 ont même rattrapé celles de classe 1.1. Je ne me gêne d’ailleurs pas pour recommander du 0.7 même quand c’est possible de faire du 1.1. Par contre, les variétés de 0.4 n’ont pas rejoint celles de 0.7.»

«La suggestion que je ferais à Yanick s’il veut vraiment faire un gain sur la date de récolte, ce serait d’accroître l’écart de maturité entre son soya hâtif et son tardif. poursuit l’agronome. Cent UTM d’écart équivaut grosso modo à trois jours de maturité. En pratique, ce qui se produit souvent, c’est que si ta variété hâtive est prête à battre et qu’il pleut, tu vas devoir attendre et au moment où tu pourras enfin rentrer dans le champ, ton soya tardif sera prêt lui aussi. C’est pourquoi, si on choisit des variétés tardives de classe 1.1, on devrait y aller avec du soya hâtif de 0.4. Cela donne un écart de maturité d’environ une semaine. Le rendement du hâtif sera un peu moins bon, mais il pourra se battre tôt et il sera plus sec à la récolte.»

Quoi qu’il en soit, Yanick Beauchemin a déjà pris une décision pour l’an prochain : c’est 120 de ses 160 acres qu’il réservera au soya hâtif. «J’ai toujours pensé qu’on devrait pouvoir battre son soya en manches courtes», lance-t-il.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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