Les producteurs laitiers sont peu préoccupés par les changements climatiques

Alors que le milieu de la recherche en plantes fourragères et en production laitière se prépare aux changements climatiques, les producteurs laitiers sont peu préoccupés par leurs impacts futurs. Lors de la Journée d’information scientifique sur les bovins laitiers et les plantes fourragères tenue à Drummondville le 28 février, l’étudiante André L. Bellavance et la professeure Édith Charbonneau de l’Université Laval ont présenté les résultats d’une enquête sur le sujet.

Andréa L. Bellavance, étudiante à l’Université Laval.

L’enquête a effectué l’été dernier par Internet auprès de 194 répondants de 12 des 17 régions administratives du Québec l’été dernier. Les résultats démontrent une certaine ambivalence parmi les producteurs qui d’un côté ont déjà commencé à faire des adaptations, mais qui de l’autre, n’entrevoient pas de changements majeurs pour l’avenir. « Nous croyons que la perception des producteurs n’est pas un obstacle insurmontable », explique André L. Bellavance.

L’enquête avait trois objectifs :

  • Vérifier les pratiques actuelles et prévues pour gérer les risques climatiques pour les cultures fourragères.
  • Vérifier les pratiques d’atténuation des stress thermiques actuellement en place et envisagées pour les conditions futures.
  • Vérifier la perception des producteurs face aux changements climatiques.

Voici les faits saillants de cette enquête :

  • Près de 80% des répondants utilisent la fléole des prés dans les mélanges fourragés. Le choix des espèces est principalement basé sur le rendement, la valeur nutritive et la survie hivernale.
  • Dans un contexte de changement climatique, la fétuque des prés et la fétuque élevée se présentent comme des alternatives à la fléole des prés qui diminuera en quantité. De 20 à 25% des répondants cultivent déjà ces fourrages de remplacement.
  • Malgré les baisses de rendements appréhendés pour la fléole des prés, une majorité de répondants a dit ne pas vouloir changer ses choix d’espèces fourragères dans les 15 prochaines années.
  • À l’étable, 70% des fermes utilisent une ventilation principale de type tunnel. 21% utilisent des systèmes de refroidissement.
  • La majorité, soit 60% des répondants, n’a pas démontré d’intérêt à introduire un nouveau moyen de refroidissement.
  • 88% des répondants de la zone avec maïs-grain réalisent entre trois et quatre coupes de plantes fourragères (moyenne de 3,2 coupes), alors que 96% des répondants de la zone sans maïs grain réalisent plutôt entre deux et trois coupes (moyenne de 2,48 coupes).
  • Au cours de 15 prochaines années, un peu plus de 27% de la zone avec maïs-grain prévoient augmenter le nombre de coupes de fourrage, contre 44% dans la zone sans maïs-grain.
  • Dans ces deux zones, près de 50% ont déjà augmenté le nombre de coupes au cours de 15 dernières années.

Proportion des répondants qui ont augmenté le nombre de coupes de plantes fourragères effectué annuellement sur leur ferme au cours des quinze dernières années ou qui pensent le faire au cours des quinze prochaines années. IMAGE: ANDRÉA L. BELLAVANCE

  • Les rotations des cultures des fermes de 36% des répondants n’ont pas changé au cours des quinze dernières années. Néanmoins, 34% ont introduit de nouvelles cultures et 27% ont diminué le nombre d’années en cultures fourragères.
  • Les principales motivations des changements passés et futurs des répondants sont la diminution des rendements (46%), les nouvelles opportunité de vente (45%), la modification du climat de la région (32%) et la diminution de la valeur nutritive des cultures (21%).
  • Plus de 75% des répondants désignent le département des cultures comme le plus à risque face aux changements climatiques.
  • Bien que les producteurs sont préoccupés par plusieurs problématiques comme le déficit hydrique et la fréquence des évènements climatiques extrêmes, ils considèrent tout de même que peu de ces problématiques augmenteront significativement dans le futur.
  • De façon pratique, les répondants considèrent que les effets des changements climatiques sur la productivité (74%) et la santé des animaux (81%) seront négligeables.
  • La majorité des répondants de la zone avec maïs-grain ne prévoit aucune augmentation significative de l’incidence de la mortalité hivernale des plantes fourragères contrairement à ceux de la zone sans maïs-grain.
  • Cependant, les producteurs participants des deux régions anticipent une diminution du couvert de neige (76%) et une augmentation des évènements gel/dégel hivernaux (85%)

Cent soixante-seize personnes ont assisté à la Journée scientifique sur les bovins laitier et les plantes fourragères, principalement des intervenants impliqués de près ou de loin dans le milieu de la recherche. C’est plus que lors de la précédente édition, il y a deux ans.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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