Des nouveaux suppléments pour produire plus de bœuf et moins de méthane

Des producteurs laitiers et de bœuf du monde entier cherchent des moyens de réduire les émissions de méthane de leurs troupeaux afin de réduire les émissions de gaz à effets de serre. Pour aider à atteindre cet objectif, des chercheurs du Canada et de l’Australie se sont associés pour une étude complète de trois ans afin de trouver les meilleures pratiques alimentaires qui réduisent les émissions de méthane tout en soutenant une production laitière et bovine profitable.

«Nous devons savoir comment les aliments affectent la production de méthane, mais nous devons également savoir comment cela affecte les autres aspects de l’exploitation agricole, comme les gains quotidiens chez les animaux, la production de lait et l’efficacité alimentaire», explique Karen Beauchemin, chercheuse chez les bovins au sein d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. «Les agriculteurs veulent aider l’environnement et ils doivent savoir quels seront les compromis, et c’est pourquoi nous avons adopté une approche holistique en examinant les impacts globaux. »

Les chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canda, d’Agriculture Victoria, en Australie, et de l’Université de Melbourne, en Australie, travaillent ensemble dans l’examen de trois suppléments alimentaires.

Supplément d’inhibiteur de méthane 3-nitrooxypropanol (3NOP)

3NOP est un supplément alimentaire commercial prometteur qui peut être administré aux bovins pour inhiber l’enzyme méthyl coenzyme M réductase – une enzyme responsable de la production de méthane dans le rumen de l’animal (premier estomac). Après avoir bloqué l’enzyme, 3NOP se décompose rapidement dans le rumen de l’animal en composés simples déjà présents dans la nature.

Karen Beauchemin a étudié les répercussions à court et à long terme de l’alimentation du bétail de boucherie en 3NOP et a partagé ses conclusions dans le cadre de l’étude élargie.

«Nous avons maintenant des preuves claires que 3NOP peut avoir un effet positif à long terme sur la réduction des émissions de méthane et l’amélioration de la performance des animaux, dit-elle. Nous avons constaté une réduction de 30 à 50% du méthane sur une longue période et une amélioration de 3 à 5% de l’efficacité alimentaire. »

La production de lait, la prise de poids et la production de méthane nécessitent toutes de l’énergie qu’une vache obtient par l’alimentation. Les bovins qui suivaient un programme contenant le supplément 3NOP produisaient moins de méthane. Et, parce qu’il y avait moins de méthane, l’animal pourrait utiliser plus d’énergie pour la croissance. Lors de l’utilisation de ce supplément, les bovins ont consommé moins d’aliments pour obtenir une livre de poids corporel comparativement aux animaux témoins.

«Ce qui est aussi formidable, c’est que l’inhibiteur a fonctionné aussi efficacement, peu importe le type d’aliment que mangeait le bétail», explique Karen Beauchemin. «Nous ne connaissons pas encore le prix réel du supplément parce qu’il est en cours de processus d’homologation au Canada et aux États-Unis. Cela sera important pour les agriculteurs qui veulent calculer le retour sur l’investissement de l’utilisation de 3NOP pour réduire les émissions de méthane de leurs vaches et améliorer les profits. »

L’histoire du nitrate

Les microorganismes présents dans le rumen des bovins ont besoin d’azote pour pouvoir décomposer efficacement les aliments que l’animal ingère. Le nitrate est une forme d’azote non protéique similaire à celle trouvée dans l’urée, un composé utilisé dans les programmes alimentaires des bovins. Lorsque les nitrates sont donnés aux bovins, ils sont convertis en ammoniac, qui est ensuite utilisé par les microorganismes. Au cours de ce processus, l’azote dans le nitrate fonctionne comme un puissant aimant capable de retenir et d’attirer l’hydrogène. Cela laisse moins d’hydrogène disponible dans le rumen pour se fixer au carbone afin de produire du méthane, réduisant ainsi la quantité de méthane produite.

Les chercheurs canadiens ont découvert que l’ajout de nitrate au programme alimentaire des bovins de boucherie réduisait la production de méthane de 20% à court terme (jusqu’à trois semaines) et qu’après 16 semaines, il réduit encore le méthane jusqu’à 12%. De plus, l’apport de nitrate améliore la conversion alimentaire. Cependant, l’administration du dosage correct est extrêmement importante, car trop de nitrate peut rendre un animal malade. Il est donc recommandé d’utiliser cette méthode avec précaution et prudence.

Le chercheur Richard Eckard de l’Université de Melbourne explique: «Je comprends qu’au Canada, la plupart des fourrages ne sont pas aussi faibles en protéines. Mais dans les pâturages du nord de l’Australie, la teneur en protéines du fourrage est extrêmement faible. Il est possible que l’ajout de nitrate à l’alimentation des bovins australiens puisse améliorer le programme alimentaire comparativement à l’utilisation actuelle de l’urée, mais cela dépend du prix.»

Supplémenter avec des grains ou non

À court terme, le blé a réduit efficacement la production de méthane de 35% par rapport au maïs ou à l’orge; mais, au fil du temps, les bovins ont pu s’adapter à la modification de l’alimentation et l’effet inhibiteur du méthane a disparu. Essentiellement, après 10 semaines, la production de méthane était la même pour le maïs, l’orge et le blé.

L’étude a également montré une variation génétique chez les vaches, où environ 50% des vaches nourries au blé restaient faibles en émissions de méthane, même pendant 16 semaines. Cependant, les autres vaches se sont adaptées au régime alimentaire du blé et ont eu des émissions de méthane similaires ou même supérieures à celles des régimes contenant du maïs ou de l’orge. Sur la base de la génétique, certaines vaches sont plus adaptables que d’autres et, à long terme, il est plus difficile de réduire la quantité de méthane qu’elles produisent.

Leçons apprises

«Notre meilleure compréhension des programmes alimentaires fera une différence pour les agriculteurs, mais plus important encore, cette recherche nous a vraiment aidé à comprendre plus précisément le volume de gaz à effet de serre (GES) que l’industrie produit sous différents régimes alimentaires. C’est une information puissante pour les décideurs », affirme Karen Beauchemin.

Cela est particulièrement vrai pour les pays qui ont mis en place ou envisagent de mettre en place un prix sur le carbone ou un système d’échange de droits d’émission de carbone afin de réduire les émissions de GES.

«En adoptant différentes méthodes agricoles pour réduire les GES, les agriculteurs pourraient être en mesure de vendre ces crédits carbone pour leurs revenus. Mais la clé est de prouver que ces méthodes agricoles fonctionnent et justifient d’être officiellement reconnu pour les crédits carbone. Ce travail est un pas de plus dans ce processus », explique Karen Beauchemin.

Source : Canadian Cattleman

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