La production laitière à l’heure des défis

Le Rendez-vous laitier a présenté ce qui attend le secteur

Avec les récents accords internationaux, le secteur laitier canadien a de quoi s’inquiéter, d’autant plus que nous sommes privilégiés à l’international. C’est sans compter le stress thermique lié aux changements climatiques et le bien-être animal qui sont à surveiller de près. Dans ce contexte, chaque personne de l’industrie devient un outil de marketing pour le secteur, notamment par les réseaux sociaux.

International

Le Rendez-vous laitier, organisé par l’Association des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC) et tenu à Drummondville le 20 mars 2019, a débuté avec une conférence faisant un tour d’horizon de la situation locale et internationale avec le professeur en agroéconomiste Daniel-Mercier Gouin de l’Université Laval.

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Avec la gestion de l’offre, le Canada fait dorénavant bande à part à l’international. Ce marché protégé permet de garder un prix stable et plus élevé au Canada pour les producteurs, comparativement aux autres producteurs internationaux. « Ailleurs, le prix suit le prix mondial; les producteurs n’ont pas de pouvoir de négociation », explique Daniel-Mercier Gouin. En fait, si le Canada vendait ses produits à l’international au même prix que l’Union européenne, le prix payé ne couvrirait pas la marge des transformateurs et de mise marché. Cela fait dire au conférencier qu’il y a un problème de compétitivité au Canada.

Selon lui, l’appui « unanime » de la Chambre des communes à la gestion de l’offre est « une mauvaise farce!!! » Malgré tout, après le plus récent accord avec les États-Unis et le Mexique et les précédents, avec l’Asie et l’Union européenne, c’est environ 10% de notre marché qui a été donné. « C’est frustrant, mais ça ne tue pas la gestion de l’offre », explique Daniel-Mercier Gouin.

En fait, ce qui l’inquiète davantage, c’est les autres concessions que le Canada a faites dans la récente entente avec les États-Unis qui enrage le professeur. D’un côté, le Canada a accepté de limiter ses exportations de protéines et de lait maternisé, ainsi que l’abolition de la classe 7. « Ça ne les regarde pas!, dit-il. Une chance que RDI économique ne m’a pas appelé le lendemain. J’étais trop enragé. » Selon lui, le Canada se retrouvera bientôt avec un problème pour trouver un déboucher aux surplus de protéines.

Daniel-Mercier Gouin s’inquiète du confort dans lequel trop de producteurs laitiers d’ici se situent avec un manque de contrôle de l’endettement, de contrôle des coûts et en maintenant des marges de sécurité trop faibles.

Transformation

Un autre qui s’inquiète, c’est Charles Langlois, président-directeur général du Conseil des industriels laitiers du Québec. Le secteur laitier vit des bouleversements actuellement qui l’amènent à faire face à plusieurs défis, dans un contexte de croissance importante dans les dernières années. « Nous avons eu une croissance exceptionnelle dans les dernières années, surtout au niveau de la crème, du fromage et du beurre de 20%, dit-il. Je n’ai jamais vu ça. C’est assez exceptionnel.

Les défis à relever pour le secteur sont nombreux. La consommation par habitant est en chute libre, ce qui va nécessiter des stratégies pour fidéliser les consommateurs et convaincre les nouveaux arrivants de consommer des produits laitiers. C’est sans compter l’arrivée de produits qui entrent en compétition avec le lait.

Le nouveau guide alimentaire n’aide pas en ce sens. « On ne peut pas être contre les objectifs » dit-il. Toutefois, le guide n’accorde plus une place aussi importante aux produits laitiers. « Le guide a négligé un côté important de la science des dernières années », dit Charles Langlois. Le lait a un bienfait pour la santé qui a été sous-estimé dans le récent guide. « Maintenant, comment les consommateurs et les institutions vont l’utiliser? » se demand-t-il.

Le PDG s’inquiète aussi de l’intérêt pour le gouvernement canadien d’imposer un nouvel étiquetage devant les emballages du type « attention, trop élevé en gras » ou « attention, trop élevé en sel ». Les produits laitiers seraient ainsi étiquetés comme mauvais pour la santé, alors que d’autres produits ultratransformés ne le seraient pas.

Et puis, bien sûr, Charles Langlois s’inquiète des conséquences des récentes ententes internationales. « Les sept prochaines années, vont être cruciales parce qu’on va faire face à l’entrée de produits provenant de trois ententes », dit-il. Selon lui, il va falloir parler davantage des qualités de nos produits.

Marketing

Un qui est certainement en accord avec cette dernière affirmation est Luc Dupont, professeur au Département de communication de l’Université d’Ottawa. Selon lui, la pire chose à faire, c’est de laisser faire le bouche-à-oreille. En fait, chaque personne de l’industrie doit être actif sur les réseaux sociaux pour promouvoir le secteur laitier.

Défi 1 : réfléchir à votre image. Toute l’espace qu’on ne prend pas, quelqu’un d’autre va le faire.

Défi 2 : positionner, positionner, positionner. Chaque fois qu’on parle de gestion de l’offre, il faut l’expliquer. Ce n’est donc pas de cette façon qu’il faut promouvoir le secteur.

Défi 3 : utiliser les médias sociaux. Les gens ne lisent pas sur internet, mais regardent les images. Il faut donc utiliser l’image, des photos mais aussi des vidéos. Il faut montrer des belles histoires. Facebook reste un médias pour humaniser, mais Instagram présente des photos et Youtube, des vidéos.

Défi 4 : utiliser les médias traditionnels et la publicité. Quelle a été la publicité gagnante du dernier Bye Bye? La publicité du lait. C’est un excellent coup publicitaire pour le secteur.

Défi 5 : Soignez vos relations publiques. Le but est d’être grand public.

Le Rendez-vous laitier en était à sa 13édition et a rassemblé 491 participants.

Le Rendez-vous laitier a rassemblé 491 participants.
photo: Marie-Josée Parent

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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