Le groupe d’experts sur l’huile de palme se réunit mercredi pour fixer ses priorités

Vaches laitières à la mangeoire.

Un des constats de la première rencontre il y a quelques semaines du groupe de travail d’experts mandatés par les Producteurs laitiers du Canada pour faire la lumière sur l’huile de palme est qu’il manque des connaissances sur la question.

Chaque membre expert est parti de cette réunion avec des questions précises à examiner. La deuxième rencontre qui aura lieu ce mercredi 31 mars visera à faire le point sur ces informations et fixer les prochaines étapes avant la remise du rapport aux Producteurs laitiers du Canada. « Ça va nous permettre d’avoir un échéancier plus précis », explique le président du groupe de travail d’experts, le chef des opérations de Lactanet Canada, Daniel Lefebvre. La date de remise du rapport n’est pas encore connue.

Les 13 experts du comité proviennent de domaines d’expertises variées, allant de la nutrition des vaches laitières jusqu’à la santé humaine. On peut consulter la composition du comité sur le site des Producteurs laitiers du Canada.

« Ce qui nous manque, entre autres, c’est d’avoir un bon portrait de l’étendue de l’utilisation à travers le Canada », dit Daniel Lefebvre. Les données qui ont été diffusées selon lesquelles 22% des producteurs laitiers utilisent des produits d’huile de palme dans l’alimentation proviennent d’un sondage effectué auprès des producteurs de lait du Québec, mais qu’en est-il pour l’ensemble du Canada ? C’est à ce genre de questionnement que le comité d’experts doit répondre.

Une autre question importante qui sera soulevée est de savoir si la texture du beurre a vraiment changé. « On a des données sur les possibles changements de la texture du beurre, dit Daniel Lefebvre. C’est un peu ce qui a un peu démarré la discussion sur la question, mais est-ce qu’on a des données pour le documenter au fil du temps ? »

Tout ce débat entourant l’huile de palme est parti d’une observation selon laquelle le beurre serait plus dur qu’avant. En apprenant que des producteurs de lait ajoutaient de l’huile de palme dans l’alimentation des vaches laitières et que l’on retrouve de l’huile de palme, la conclusion a été tirée selon laquelle l’huile de palme rend le beurre plus dur. Mais que dit la science ?

Le comité d’expert ne tiendra pas compte uniquement des connaissances des experts, mais aussi des données disponibles. Par exemple, les tests actuellement effectués par le professeur Alejandro Marangoni de la chaire de recherche en alimentation, santé et vieillissement de l’Université de Guelph seront pris en compte. Alejandro Marangoni compare des beurres de différentes provenance du Canada pour analyser la fermeté.

Volet environnemental

Le volet environnemental sera aussi un point central de cette investigation. « Il n’y a aucune vache laitière au Canada qui reçoit de l’huile de palme, dit Daniel Lefebvre. C’est toujours des sous-produits de l’huile de palme. » En fait, il y a deux produits, le premier est sous-produit provenant du raffinage de l’huile de palme brute. Ce produit sert à la fabrication du produit le plus utilisé dans l’alimentation des vaches laitières, le Megalac. « Je pense que c’est en 1986 que le Megalac a été approuvé, donc, ça fait très longtemps que c’est sur le marché », dit Daniel Lefebvre. La composition en acides gras est, en proportion semblable à l’huile de palme, soit 50% d’acide palmitique (C16:0) et 50% d’acide oléique (C18:1).

Depuis une douzaine d’année, il existe un deuxième produit dérivé de l’extraction de l’huile de palme. Le fractionnement de l’huile de palme fait augmenter la teneur en acides gras insaturés pour l’alimentation humaine ou autre utilisation. Ça donne un produit très enrichi en acide palmitique (C16:0), soit de 80 à 90% du profil d’acides gras. Le sous-produit est destiné à l’alimentation des vaches laitières. L’acide palmitique a des propriétés désirables pour les vaches laitières comparativement aux acides gras insaturés. C’est ce produit qui permet d’augmenter la teneur en gras du lait.

Ces produits sont donc les résultats de l’extraction de l’huile de palme pour l’utilisation en alimentation humaine et dans la fabrication d'autres produits pour les humains. « On ne peut pas dire qu’il y a de la déforestation pour nourrir les vaches laitières », dit Daniel Lefebvre.

Le comité d’experts s’intéresse au cycle de vie. Quels sont l’impact de l’utiliser considérant que c’est un sous-produit, mais aussi quels sont les conséquences pour les vaches laitières de ne pas l’utiliser?

Le comité ne fera pas de recommandation. « Notre seul mandat est de répertorier et de présenter toutes les données en lien avec toute cette question-là. Après, ce sera aux producteurs et à l’industrie de s’approprier ce recensement-là », dit Daniel Lefebvre.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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