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L’hiver s’annonce difficile pour la DEP

Les producteurs de porcs québécois ne semblent pas suffisamment prêts à faire face à la diarrhée épidémique porcine (DEP) cet hiver. Voilà ce que le vétérinaire porcin François Cardinal constate dans sa pratique de tous les jours. François Cardinal est aussi le vétérinaire en chef de l’Équipe québécoise de santé porcine (ÉQSP).

« L’an dernier, la menace est devenue plus sérieuse quand il y a eu des fermes positives en Ontario à la fin janvier et au début février, dit-il. Jusqu’en mars ou avril, il y a eu une multiplication des sites positifs. Jusque-là, on était dans une situation où ce n’était pas évident pour les producteurs de se virer de bord, dans le sens où il n’y avait pas une capacité suffisante de lavage des camions. Je me serais attendu à ce qu’il s’en construise cet été, mais il n’y en a pas eu tant que ça. Il y en a eus, mais pas suffisamment pour laver tous les camions. »

François Cardinal explique que le Québec est dans une situation différente de celle qui prévalait l’hiver dernier alors que le Canada était exempt du virus pendant la première moitié de l’hiver. Actuellement, sur les 150 sites ontariens qui ont été contaminés par le virus de la DEP, seulement 30 fermes l’ont éradiqué. Il reste donc 120 fermes porteuses ou en voie d’éradication. « Donc, le virus n’est pas du tout éliminé », dit-il. La filière porcine ontarienne espère diminuer le nombre de cas à 20 ou 30 avant la fin de l’année 2014.

François Cardinal fait remarquer que les transports de porcs entre le Québec et l’Ontario sont nombreux et que le virus survit très bien à l’hiver, contrairement à l’été. « Je crois qu’il va y avoir des cas au Québec cet hiver », annonce-t-il.

Lavage

Selon lui, le cœur du problème est qu’une partie des producteurs ne sont pas prêts à payer un peu plus cher pour avoir accès à des camions lavés et désinfectés. Il y a donc suffisamment de postes de lavage pour les demandes actuelles, mais en cas de multiplication du nombre de cas cet hiver, ils ne suffiront pas.

Ingrédients

François Cardinal ne comprend pas la position de l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE) qui vient d’émettre un communiqué dans lequel elle affirme que « les aliments pour animaux ne constituent pas une source probable de contamination ». Selon François Cardinal, l’expérience canadienne démontre qu’il « ne faut absolument pas mettre de plasma sanguin ou de protéines de porc dans la moulée ». Le risque de contamination par cette voie est faible, mais réel. « Ce qu’on veut au Québec, c’est le risque zéro et ces compagnies-là (fournisseurs) ne sont pas en mesure de le prouver », dit-il.

Contamination croisée

François Cardinal est aussi préoccupé par la contamination croisée dans les meuneries. Une recherche menée aux États-Unis par Scott Dee, de Pipestone Veterinary Services au Minnesota, a démontré que le virus peut se transmettre par les aliments. Dans son étude, des tests positifs au virus ont été révélés sur des échantillons pris dans les camions ayant livré de la nourriture à des sites contaminés et dans l’environnement de la meunerie. Cette contamination s’est étendue aux aliments fabriqués par la meunerie. Tout cela même si, au départ, aucun ingrédient de fabrication de la meunerie ne renfermait de virus. Selon François Cardinal, il va falloir recommander le cubage de la moulée pour porcs puisque le cubage à chaud diminue la probabilité de survie du virus dans l’aliment. Il existe aussi un traitement chimique qui peut être appliqué aux aliments pour tuer le virus de la DEP.

ÉQSP

L’ÉQSP travaille toujours à la prévention de la DEP. « Nous allons faire un rappel cet automne et si un cas se présente, nous avons un plan d’intervention, explique François Cardinal. Nous avons aussi un plan d’action si une remorque est déclarée positive dans un abattoir… Si les gens le déclarent. » La déclaration à l’EQSP est en effet volontaire pour les camions comme pour les fermes contaminés. Dans son plan de prévention, l’ÉQSP ajoutera aussi la biosécurité dans les meuneries.

François Cardinal tient à dire, selon les contacts qu’il a eu avec des vétérinaires ontariens, que l’éradication du virus dans une ferme de type naisseur-finisseur est « faisable ». « Mais émotionnellement, c’est très difficile, dit-il. C’est aussi très dispendieux. » La biosécurité reste donc la meilleure arme.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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