Réduire l’utilisation des antibiotiques en élevage: ce n’est pas évident!

Lors d’une journée de formation de l’Association québécoise des agronomes en zootechnie (AQAZ) tenue le 21 mars 2018 à Drummondville, quatre intervenants ont expliqué ce que représente concrètement la réduction de l’utilisation des antibiotiques dans leur secteur de production respectif.

Veaux lourds

Pour l’agronome Annie Dubuc de Délimax, la préoccupation concernant la résistance aux antibiotiques est une réalité incontournable. « On a eu de plus en plus de bactéries résistantes aux antibiotiques, explique-t-elle. Certaines étaient même multirésistantes. »

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Dans un élevage de veaux de lait ou de veaux de grain, pour un bâtiment de 800 veaux, les animaux d’élevage peuvent provenir de 800 fermes différentes. L’entreprise spécialisée dans l’élevage des veaux lourds s’approvisionne dans les encans spécialisés. Il est difficile d’en être autrement lorsqu’il faut beaucoup de veaux du même âge en même temps.

En raison des nouvelles règles qui s’en viennent dans le secteur et par souci pour le consommateur, Délimax a développé des stratégies. La prévention par la vaccination est primordiale. Des investissements majeurs ont aussi été faits en ventilation des élevages. Des stations de lavage ont été construites. Des vétérinaires forment les employés.

« Aussi, on essaie de promouvoir auprès des éleveurs laitiers l’importance d’avoir des veaux de qualité, ajoute Annie Dubuc. Comment valider que le veau a reçu le colostrum? On sait que dans 15% des cas, on est sûrs qu’ils ont eu le transfert d’immunité, mais les autres? On ne sait pas. »

Lorsque l’équipe de Délimax utilise des antibiotiques, il y a un « arbre décisionnel ». Pour une question de bien-être animal, l’entreprise ne peut pas se passer d’antibiotiques, mais elle met des actions en place pour en réduire l’utilisation.

Porcs

Pour le vétérinaire Christian Kopfenstein du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), « c’est rassurant d’avoir des antibiotiques ». Depuis les années 1950, c’est devenu une habitude sécuritaire, peu dispendieuse et rassurante.

Des « pressions politiques » amèneront le milieu à changer ses habitudes. L’utilisation comme promoteur de croissance est notamment compromise. De nouvelles habitudes devront être créées.

Parmi les actions qui sont en train d’être mises en place, il y a le contrôle provincial du SRRP, l’augmentation de la biosécurité et la diminution du stress dans les élevages. Il y a aussi un besoin pour développer de l’expertise dans l’utilisation de différents produits alternatifs, comme les acides organiques et les extraits de plantes.

Aviculture

Selon l’agronome Denis Caron de la Coop fédérée, le plus grand défi dans la réduction de l’utilisation est dans la production de poulets de chair. Dans la pondeuse ou les reproducteurs, c’est inexistant ou très rare que l’industrie a recours aux antibiotiques.

Chez les poulets, les deux principales bactéries à contrôler sont Clostridium prefringens et les coccidies. Avec le retrait prochain drs les antibiotiques de catégorie 1 utilisés en prévention en mai 2015 et de catégorie 2 en décembre 2018, « il ne nous reste plus rien », dit Denis Caron.

La problématique vient de la vaccination au couvoir. Lors de la vaccination, un petit trou est pratiqué dans la coquille de l’œuf pour injecter le vaccin. Pour éviter les infections, un antibiotique est administré en prévention.

Sans antibiotique, il y a plus de mortalité en élevage et plus de condamnation à l’abattoir. Pour limiter les problèmes, la Coop fédérée a mis l’emphase sur la biosécurité et la régie. « Tout est plus fragile », explique Denis Caron. Mais l’organisation persévère parce que c’est une tendance qui est là pour rester.

Veaux laitiers

Pour le directeur de la mise en marché aux Producteurs de bovins du Québec, Louis Blouin, il est important de travailler avec les producteurs laitiers. « On veut valoriser que les producteurs laitiers sont aussi des producteurs de veaux », dit-il.

Il y a actuellement une production de 130 000 veaux laitiers mis en marché au Québec par année, sur 5000 sites. Ceux-ci passent par les encans. Ils sont principalement de race Holstein, mais certains sont croisés. Ils sont destinés au marché du veau de lait ou du veau de grain.

Dans le but de diminuer l’utilisation des antibiotiques, un grand chantier est mis en place pour amener les producteurs laitiers à mettre en marché des veaux en santé qui nécessiteront moins d’antibiotiques par la suite. Cinq vidéos et des fiches d’accompagnement ont été produites sur les sujets suivants : désinfecter le nombril, la prise du colostrum, à l’encan, veaux lourds et bien-être animal. Vous pouvez les consulter sur le site internet des Producteurs de bovins du Québec.

 

Annie Dubuc
photo: Marie-Josée Parent

Christian Klopfenstein
photo: Marie-Josée Parent

Denis Caron
photo: Marie-Josée Parent

 

Louis Blouin
photo: Marie-Josée Parent

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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