Comment les engrais agricoles tuent nos rivières, lacs et océans

Montréal (Québec), 8 juillet 2008 – Un nouveau rapport international de Greenpeace démontre comment les engrais agricoles génèrent des éclosions nuisibles d’algues causant des zones mortes qui tuent nos rivières, lacs et océans. Greenpeace fait l’état dans ce rapport de la prolifération des alguesdans le monde et recommande 11 mesures pour renverser la tendance. Une largeplace est faite au Canada et au Québec dans ce rapport. Ainsi, on peut y lirequ’au Québec, l’éclosion record d’algues dans les lacs et cours d’eau durantl’été 2007 provenait principalement du ruissellement des engrais agricoles eten particulier du phosphore provenant du lisier de bétail.

« Malgré les démentis répétés, l’été passé, de Québec et de l’UPA au sujetdu rôle principal de l’agriculture industrielle dans la prolifération desalgues bleues, il est évident à la lecture de ce rapport international que lacause première est et demeure encore la surutilisation des engrais etnotamment du lisier », affirme Eric Darier, responsable de la campagneAgriculture de Greenpeace au Québec. « Au lieu de censurer l’information sur laprésence d’algues bleues dans les lacs, le gouvernement Charest ferait mieuxd’agir en mettant en place une agriculture vraiment écologiquement durable ».

L’utilisation excessive d’engrais par l’agriculture industrielle fournitdes nutriants aux algues, ce qui contribue à l’éclosion d’algues dans lescours d’eau, constate-t-on dans ce rapport. En grand nombre, les alguesprivent d’oxygène les autres formes de vie aquatiques et facilitent lamultiplication de bactéries qui peuvent rendre les eaux dangereuses pour leshumains. Les éclosions d’algues ont également des impacts négatifs sur lespêches et la biodiversité et transforment parfois des plages en zones toxiquesinterdites.

Selon Greenpeace, la source la plus rapide d’augmentation d’azote auCanada provient de l’agriculture. Depuis qu’il existe des données,l’utilisation d’engrais azotés a été multipliée par 75 depuis 1950. « Il fautse rappeler qu’au Canada, le secteur agricole est encore responsable d’environ82 % de la pollution au phosphore et de 49 % de la pollution directe àl’azote, principalement à cause du ruissellement des engrais et de l’élevagedes animaux », ajoute Eric Darier. « Si on ajoute à cela les sources indirectesde pollution à l’azote comme les retombées de gaz agricoles comme l’ammoniacet les oxydes d’azote, la part de l’agriculture représente 80 % de toute lapollution à l’azote au pays ».

Le lancement du rapport de Greenpeace a lieu alors que s’amorce laréunion annuelle, à Québec, des ministres de l’agriculture du fédéral et desprovinces. Les ministres étudieront notamment un projet de politique agricole,intitulé Cultivons l’avenir, qui fait la promotion d’une agricultureindustrielle basée sur le pétrole et ignore les problèmes environnementauxcausés par l’agriculture. Greenpeace exige que les ministres de l’Agricultureau fédéral et au Québec adoptent des mesures concrètes pour limiter leruissellement des engrais agricoles et renverser l’expansion des zones mortesdans les rivières, lacs et océans.

Jusqu’à présent, les gouvernements fédéral et du Québec n’ont pris quedes mesures marginales pour contrer les éclosions d’algues. La réglementationdes détergents pour les lave-vaisselles à partir de 2010 ne résoudraqu’environ 1 % du problème. Ce sont les grands pollueurs dans l’agricultureindustrielle et les élevages, qui devraient être l’objet d’attentionprincipale de la part des gouvernements. Greenpeace recommande en particulierd’éliminer le ruissellement des engrais en minimisant l’usage excessifd’engrais, d’éviter de laisser les terres à nu, de restaurer la végétation lelong des cours d’eau et de financer la recherche pour comprendre les impactsdes nutriants sur la prolifération des zones mortes.

Le rapport de Greenpeace fait aussi écho à plusieurs rapports, notammentun document des Nations Unies et de la Banque Mondiale, rendu public en avrildernier, sur l’évaluation internationale des connaissances, des sciences etdes technologies agricoles (AKST(http://www.agassessment.org/index.cfm?Page=About_IAASTD&ItemID=2)). Cerapport produit par 400 experts et scientifiques provenant du monde entieravait pour objectif d’établir une base de référence d’évaluation pour uneagriculture écologiquement durable. « Cinquante-sept pays ont signé ce rapport,mais le gouvernement Harper l’a dédaigné et ne l’a pas adopté », reprend EricDarier.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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