Fruits et légumes français menacés par les nouveaux entrants européens

Paris (France), 5 mai 2004 – Les maraîchers français sont inquiets: avec l’élargissement de l’Europe, ils vont être confrontés à la concurrence de plus en plus vive des Tchèques, Hongrois ou Polonais qui cultivent choux-fleurs ou tomates à des coûts dix fois inférieurs à ceux pratiqués en France.

A peine les célébrations de l’élargissement achevées, les producteurs bretons de choux-fleurs sont passés à l’offensive. En début de semaine, plusieurs centaines de cultivateurs ont déversé sur les routes du Finistère des centaines de tonnes de choux, afin de protester contre la « concurrence déloyale » des nouveaux entrants européens.

Dans leur ligne de mire, la Pologne, qui augmente depuis une dizaine d’années de 20 à 30% par an sa production de choux-fleurs, dont une grande partie est livrée aux industries agroalimentaires.

« Forte d’usines modernes, la Pologne surgèle à l’automne les choux-fleurs après avoir congelé l’été les petits fruits rouges, spécialités du pays ramassées par une main-d’oeuvre bon marché, polonaise, roumaine ou ukrainienne », explique Yvon Auffret, directeur de l’organisme professionnel Cerafel Bretagne.

Gérard Roué, responsable de la communication de la Sica Bretagne, premier groupement français de producteurs de légumes, précise « qu’avec une main-d’oeuvre payée entre 1 et 1,50 euro de l’heure contre 12 euros en France, les Polonais produisent du chou-fleur à des prix dérisoires ».

« Ils ont déjà inondé de ce légume l’Allemagne qui était notre premier client (la moitié de la production bretonne était exportée Outre-Rhin), mais ils ne vont pas en rester là », s’alarme-t-il. « A terme nous pensons que les Hongrois, qui depuis trois ans cultivent dans leurs terrains sablonneux, asperges, poivrons ou tomates, seront les plus dangereux pour notre secteur maraîcher », ajoute-t-il.

Les pays de l’Est ne sont pas seuls responsables de la crise.

La consommation de choux-fleurs ralentit en France: elle passée de 5 kg par habitant et par an en 1982 à quelque 3 kg aujourd’hui.

De plus, en France, la récolte d’automne (septembre à fin décembre), en retard de plus d’un mois, s’est télescopée avec celle d’hiver (janvier à mai) qui est arrivée à maturation plus tôt que prévu en raison d’une température hivernale douce.

« L’offre a été abondante ces dernières semaines alors que la consommation de chou-fleur fléchissait, les Français boudant dès les premiers beaux jours ce +légume d’hiver+. Le prix au kilo payé au producteur est passé de 50 centimes en 2003 à 23 cette année », précise la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) qui évalue de 30 à 40 centimes par kilo le coût de production de ce légume.

Plus de 13 millions de têtes ont été retirées de la vente depuis début janvier faute d’achats industriels, expliquent les professionnels.

« En augmentant récemment ses surfaces de choux-fleurs, la Grande-Bretagne (300.000 tonnes par an) qui, avec l’Italie (700.000 t/an), la France (500.000 t/an) et l’Espagne (400.000 t/an), est l’un des principaux producteurs européens de ce légume, a également contribué à l’embouteillage du marché », constate M. Auffret.

Afin de désamorcer la crise, les producteurs réclament des aides à l’Etat d’un montant de 8 millions d’euros. Les aides forfaitaires de gestion des marchés ont été supprimées par la France pour se mettre en conformité avec les directives européennes.

Source : AFP

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