La DÉP déplace les foules

Techni Porcs 2014Avec maintenant 13 fermes ontariennes infectées par la diarrhée épidémique porcine (DÉP), le Canada est en mode de limiter la propagation du virus. Au Québec, aucun cas n’est encore connu, mais toute l’industrie se mobilise.

Les organisateurs des Soirées Techni Porcs 2014 ont visé dans le mille en choisissant ce sujet cette année. Les deux évènements, à Drummondville mardi et à Sainte-Marie mercredi, ont affiché complet, avec un total de 525 personnes.

Voici quelques points centraux de chacune des conférences. Les présentations seront disponibles en début de semaine prochaine sur les sites des deux principaux commanditaires, CIPQ et PIC.

La DÉP, c’est quoi?

La vétérinaire consultante Marie-Claude Poulin a expliqué que la maladie est d’abord apparue en Europe dans les années 1970, avant de s’établir en Asie. Au début des années 2000, elle venait et repartait. En 2011, la maladie a toutefois changé pour devenir beaucoup plus fulgurante.

Les signes cliniques ressemblent à ceux de la gastroentérite transmissible, mais en beaucoup plus importants. On peut observer de la diarrhée importante jumelée à des vomissements. On observe de 80 à 90% de mortalité chez les porcelets en lactation. Par la suite, les signes cliniques varient. La mortalité est négligeable en finition. Marie-Claude Poulin a rappelé que le virus est très infectieux. Il n’en faut qu’un milliardième d’un gramme de diarrhée pour transmettre la maladie.

Depuis l’apparition de la maladie aux États-Unis, en avril 2013, de nombreux projets de recherche son menés pour mieux comprendre l’ennemi. « Les animaux peuvent excréter plus longtemps que ce qu’on pensait », dit-elle. Le transport reste le plus grand risque de propagation.

Pour une détection précoce

Le vétérinaire Alain Ricard d’Isoporc a rappelé que la première personne qui sera témoin d’une infestation de DÉP est un production ou un employé de ferme. Il faut donc s’y préparer et informer tout le personnel travaillant en ferme. La rapidité d’intervention est primordiale afin de limiter les dégâts et la propagation.

Le renforcement des mesures de biosécurité reste la clé. Il faut identifier les faiblesses en la matière. En cas d’apparition de diarrhée anormale, il faut contacter son vétérinaire, prendre un échantillon et obtenir une confirmation de diagnostic. Attention! Les lattes font rapidement disparaître la diarrhée aqueuse.

Comment se protéger?

La vétérinaire consultante Manon St-Hilaire a rappelé les bonnes pratiques en matière de biosécurité. Pour la mise en place de protocoles, elle a donné trois trucs. Il faut d’abord évaluer le risque. Ensuite, il faut établir la bonne séquence, notamment en matière de transport d’animaux. Finalement, elle a rappelé l’utilité du corridor danois. Chaque facteur de risque de contamination par la DÉP a été révisé.

En terminant, Manon St-Hilaire a mentionné qu’elle ne peut chiffrer le retour sur l’investissement de la biosécurité, mais que c’est essentiel de le faire. « Je le sais que vous savez tous quoi faire, mais appliquez-le, dit-elle. Arrêtez de penser que les autres vont le faire pour vous. »

Ils l’ont vécu

Un témoignage vidéo d’une entreprise porcine américaine ayant eu à confronter le virus de la DÉP en novembre dernier a captivé l’assistance. La vidéo sera en ligne la semaine prochaine. La ferme multiplicatrice a subi de lourdes pertes, mais a assez bien réussi à surmonter la maladie.

Sommes-nous prêts?

Martin PelletierLe coordonnateur de l’Équipe québécoise de santé porcine (ÉQSP), l’agronome Martin Pelletier, a rappelé le mandat de l’ÉQSP et ses stratégies d’intervention. Il a mis l’assistance au courant de la situation actuelle et l’impact si la DÉP entre au Québec.

Il a rappelé que la maladie n’en est pas une à déclaration obligatoire. Il a donc insisté sur l’importance déclarer tout cas à l’ÉQSP. L’efficacité d’intervention de l’ÉQSP en dépend.

Le Centre de développement du porc (CDPQ) a évalué que les pertes pour les producteurs québécois pourraient varier de 13,7 millions à 29,8 millions$ en un an, selon un scénario de transmission lente ou rapide. Le manque de porcs d’abattage serait entre 135 331 et 494 039.

Martin Pelletier a exhorté les producteurs à tout faire pour éviter l’entrée du virus le plus longtemps possible puisque le prix du porc s’annonce excellent dans les prochains mois.

Site internet :

ÉQSP, état de la situation

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à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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