La pénurie de médecins vétérinaires est plus grande chez les animaux de ferme

En entrevue, la présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires explique les solutions envisagées

Ces jours-ci, les médias parlent abondamment de la pénurie de médecins vétérinaires pour les animaux de compagnie. Or, la pénurie est encore plus grande dans les animaux de ferme.

L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec compte 2650 vétérinaires, dont le tiers ne pratiquent pas. Ils oeuvrent dans des secteurs comme l’administration, les laboratoires ou l’enseignement. Et parmi ceux qui sont en pratique, une très large majorité œuvre dans le secteur des animaux de compagnie.

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En fait, selon les données fournies par l’Ordre, ce sont 57% qui pratiquent dans les animaux de compagnie. Si l’on additionne la pratique dans les bovins (13%), la pratique mixte (bovins et animaux de compagnie, 7%), les porcs et la volaille (industrie animale, 2,5%), on ne compte que 22,5% des médecins vétérinaires dans la pratique des animaux de ferme. Les chevaux qui comptent aussi dans les grands animaux comptent sur 4% des médecins vétérinaires du Québec. (Données mises à jour le 19 août 2019)

« Et beaucoup passent de la pratique des grands animaux vers les petits animaux », explique en entrevue la présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, Dre Caroline Kilsdonk. « L’inverse ne se fait pas. C’est aussi un problème de rétention. » Cette médecin vétérinaire connaît bien le secteur agricole puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière avant d’œuvrer dans la pratique des animaux de compagnie, d’enseigner et de devenir la présidente de l’Ordre il y a deux ans.

La raison est que les médecins vétérinaires recherchent de meilleures conditions de travail. Les jeunes veulent une vie plus équilibrée. La société a évolué. Dans les couples d’aujourd’hui, les deux conjoints travaillent. Les vétérinaires ne sont plus prêts à travailler 60 heures par semaine. Surtout durant les 10 premières années de pratique alors que les jeunes vétérinaires fondent leur famille.

Le secteur des animaux de compagnie est mieux organisé pour offrir un horaire intéressant avec les cliniques offrant des tours de garde et des services d’urgence. « Dans les grands animaux, ça n’existe pas (les services d’urgence) », explique Caroline Kilsdonk.

« Les vétérinaires ne sont pas obligés d’être disponibles tout le temps, dit-elle. S’ils ne sont pas disponibles, ils doivent prendre entente avec d’autres bureaux vétérinaires. » Certaines régions sont bien pourvues en cliniques vétérinaires pour les animaux d’élevage, mais pour d’autres régions, comme l’Abitibi ou la Gaspésie, c’est problématique. « Le MAPAQ calcule un indice de fragilité, explique la président de l’Ordre. L’Abitibi et la Gaspésie ont un indice de fragilité plus grand. La perte d’un médecin vétérinaire peut avoir un grand impact dans ces régions. »

À la recherche de solutions

Il n’y a pas de solution miracle à la pénurie de médecins vétérinaires. « L’Ordre reconnaît que la pénurie de médecins vétérinaires est beaucoup plus criante du côté des productions animales, ce qui nous amène à travailler davantage de ce côté-là », explique Caroline Kilsdonk.

Une première avenue est de valoriser la pratique en région dans le secteur agricole. « C’est un type de pratique dans laquelle on peut développer un lien plus fort, explique Caroline Kilsdonk. C’est un rôle communautaire.» Les vétérinaires peuvent suivre un troupeau pendant 20 ou 25 ans et développer un lien de confiance avec sa clientèle agricole. Cette relation n’est pas aussi forte dans le secteur des animaux de compagnie. Parmi les actions visant à inciter les futurs vétérinaires à s’intéresser aux régions, l’Ordre amène des étudiants à des colloques qui se tiennent en régions.

La pratique en régions demande plus de débrouillardise. C’est vrai dans tous les secteurs, pas seulement agricole. La pratique mixte pourrait faire partie de la solution. C’est-à-dire que les vétérinaires feraient de la pratique de petits animaux et des grands animaux. « On ne veut pas, à l’Ordre, être un obstacle à la pratique mixte », dit Caroline Kilsdonk. Cependant, la pratique mixte ne représente que 7% des médecins vétérinaires du Québec. La pratique mixte est de plus en plus difficile en raison des connaissances de plus en plus spécialisées

La sélection de étudiants a changée, mais Caroline Kilsdonk ne veut pas parler au nom de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. À la Faculté, on nous informe que la doyenne, Christine Théoret, est actuellement en vacances. Lors d’une récente entrevue, elle nous informait qu’il n’était pas question, pour l’instant, de sélectionner les étudiants en fonction de leur préférence des animaux de ferme ou des animaux de compagnie. Ils travaillent toutefois à trouver des solutions, sans nommer lesquelles. Sur 96 places possibles, la Faculté reçoit 1000 demandes d’admission. « 90 vont terminer, disait-elle. L’attrition est très faible. Selon les études de marché, ça semble insufisant. »

Il reste l’embauche de médecins vétérinaires étrangers. Avec la France, le Québec vient de conclure un ARM, soit un arrangement de reconnaissance mutuelle. C’est le fruit d’une entente politique entre les deux pays. Une fois que l’Ordre aura expérimenté l’intégration de vétérinaires français, il est possible que d’autres pays soient visés. « Ce qu’on veut, c’est que ce soit plus simple, dit Caroline Kilsdonk. Actuellement, ce n’est pas impossible, mais c’est compliqué et long. »

Répartition des médecins vétérinaires par domaine de pratique (mise à jour 19 août 2019).
photo: Ordre des médecins vétérinaires du Québec

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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