Le poulet néerlandais bio menacé par son enfermement

La Haye (Pays-Bas), 24 août 2005 – Les élevages biologiques aux Pays-Bas se sentent menacés depuis la décision gouvernementale d’enfermer les volailles pour parer à une éventuelle expansion de la grippe aviaire, et envisagent de saisir la justice.

« L’obligation d’enfermer les poulets menace les élevages biologiques, qui pourtant sont l’avenir du secteur », selon Marianne Thieme, directrice de la fondation de protection des animaux « Wakker Dier » (Animal éveillé), rappelant une directive européenne qui interdit l’élevage en batteries au sein de l’UE d’ici 2012.

« Plusieurs scientifiques doutent de la menace que les oiseaux migrateurs amènent la grippe aviaire aux Pays-Bas », ajoute-t-elle, réfutant un des principaux arguments des autorités néerlandaises.

« La véritable menace, c’est les transports entre les élevages, mais surtout les avions qui reviennent des régions touchées. Dieu sait ce que les gens traînent à leurs souliers », poursuit-elle.

Pour Mme Thieme, l’obligation d’enfermer les volailles est une mesure discriminatoire contre les élevages biologiques, « qui provoque la souffrance des animaux et est fondée sur des informations fausses ».

Aussi, la fondation qu’elle préside envisage de demander en référé la levée de cette décision.

Pour adoucir la mesure d’enfermement, le gouvernement a décidé que les éleveurs biologiques garderaient leur label de qualité et pourraient maintenir leurs prix supérieurs au marché.

Selon les calculs de la « Platform Biologica » qui défend les intérêts des élevages biologiques, le coût moyen pour les entreprises qui doivent bâtir des abris avoisine les 200 000 euros.

Pour Jan Odink, ancien secrétaire d’Etat à l’Agriculture et président de NEPLUVI, le syndicat des élevages industriels, ce calcul est faux.

« Les volailles doivent être à l’abris. Il suffit donc d’une clôture pour empêcher les oiseaux migrateurs d’y pénétrer, et d’une toile de tente au dessus pour que les fientes n’atteignent pas les gallinacés », dit-il.

Mais les défenseurs des élevages biologiques rappellent qu’outre les enclos, ils doivent également modifier l’alimentation des volailles et trouver un moyen de distraire les oiseaux de leur tendance au cannibalisme.

« Les poules en batterie ont le bec coupé, pour éviter qu’elles ne se battent. Ce n’est pas le cas des poulets des élevages biologiques, qui ont besoin de leur bec. Lorsque ces animaux sont enfermés, ils faut les distraire, sans quoi il voient en leur voisins une proie » à manger, explique Mme Thieme.

M. Odink reconnaît ce problème, mais il estime que les intérêts des élevages biologiques ne font pas le poids face à l’importance de l’élevage industriel.

Près de 100 millions de volailles (poulets, poussins, canards, dindes,…) sont élevées aux Pays-Bas. Quelque quatre millions courent en semi-liberté, disposant d’un espace restreint à l’air libre à côté de l’abris auquel ils sont pour l’instant condamnés.

Environ un million de poulets seulement sont élevés dans des élevages « biologiques », c’est à dire courant librement et disposant d’espace et de nourriture totalement naturelle. Leurs abris se limitent à un espace pour la ponte et pour passer la nuit.

L’élevage industriel génère un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards d’euros. En comparaison, les 10,3 millions de chiffre d’affaires du secteur biologique ne pèsent pas lourd.

« Si l’enfermement se prolonge avec la migration de printemps des oiseaux, cela signifiera la fin des élevages biologiques », a déclaré à l’agence ANP un éleveur, qui, pour « ne pas voir cela » a apporté ses poulets à l’abattoir, et a mis la clé sous le paillasson.

Source : AFP

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