Arriérées et conservatrices les coopératives?

Claude Lafleur, Chef de direction de La Coop fédérée, a dépoussiéré quelques mythes concernant les coopératives lors d’une allocution le 5 avril dernier devant un parterre de 260 personnes à Montréal. Il s’adressait à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

« On dit que les coopératives ne font pas d’argent, qu’elles n’ont pas le sens des affaires, laissez-moi vous dire que la réalité n’a rien à voir avec ces mythes. Nos sociétaires sont des gens d’affaires, intéressés par l’innovation, la productivité et les marchés. Nos résultats le prouvent sans conteste », a-t-il soutenu.

Effectivement, les chiffres parlent. En 2011, le chiffre d’affaires de La Coop s’est élevé à 4,6 milliards de dollars. Quant au réseau coopératif agricole, qui regroupe notamment les coopératives membres et affiliées, il s’agit d’un chiffre d’affaires de 8,6 milliards. Quelque 100 millions de dollars ont été versés en ristournes aux membres depuis cinq ans. « Notre réseau est l’une des 10 plus importantes entreprises québécoises avec plus de 16 000 employés », a-t-il déclaré en se désolant que cette réalité ne soit pas reconnue.

Claude Lafleur a dépeint un réseau axé sur les profits, oui, mais aussi sur l’humain. « Si l’organisation doit évidemment être profitable, elle ne saurait, en aucune façon, l’être au détriment de l’humain », a-t-il assuré en énumérant les valeurs coopératives, notamment la solidarité et la participation démocratique. Des mots qu’on entend rarement de la bouche de dirigeants d’entreprises et d’organismes d’envergure.

Quant à l’aspect actuel du mouvement coopératif, Claude Lafleur a argumenté : « Si les travaux de nos membres s’accomplissent dans les fermes et les industries agroalimentaires, leurs productions s’écoulent dans le monde, dans une soixantaine de pays. » Une production locale, comme le réclament les consommateurs d’ici, mais dont le quart est écoulé sur les marchés mondiaux.

Claude Lafleur a également profité de l’occasion pour réaffirmer le soutien de La Coop fédérée à la gestion de l’offre. Selon lui, il s’agit d’une réponse originale et efficace à la volatilité des marchés agricoles. Il a affiché son optimisme également quant à la filière porcine. L’un des secteurs de l’économie qui a le plus de potentiel, selon lui. La croissance des pays émergents, qui consomment de plus en plus de viande, offre des opportunités d’affaires intéressantes, croit-il. Il faut toutefois revoir nos mesures de soutien à l’exportation. Non pas par des subventions, mais des appuis politiques et diplomatiques.

Il s’en est pris, au passage, au Livre vert. Selon lui, il « manque de viande ». Le secteur a besoin de mesures concrètes, les politiques agricoles doivent être adaptées aux nouvelles réalités du marché. Mais pas un marché qui s’inscrit seulement dans la logique financière, un marché qui respecte le modèle de la ferme familiale québécoise.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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