Le point sur le dossier des pesticides

Michel Duval, président de l’Ordre des agronomes du Québec

De nouvelles allégations voulant que des agronomes travaillant auprès de fournisseurs de produits de phytoprotection moussent inutilement les ventes de tels produits ressurgissent dans les médias. Le Bulletin a voulu faire le point avec le nouveau président de l’Ordre des agronomes du Québec, Michel Duval.

Certains agronomes sont pointés du doigt dans le dossier des pesticides, qu’en pensez-vous?

On ne prend pas les choses à la légère. Lorsqu’il y a plainte, l’Ordre fait enquête et vérifie d’abord s’il n’y a pas perte d’indépendance professionnelle de la part d’agronomes. Il faut que les règles de l’art soient respectées avant de déposer une recommandation chez un producteur. Un dossier doit maintenant accompagner chaque producteur, même s’il change de fournisseur. Tous les éléments sur lesquels on a pu établir une recommandation seront toujours disponibles. Sur les 3300 agronomes du Québec, 150 travaillent en phytoprotection et deux inspecteurs leur sont affectés. Ces gens-là sont suivis, encadrés dans leur pratique professionnelle. On s’assure, entre autres, qu’ils suivent la grille qui établit les pratiques et les procédures à suivre.

La nouvelle réglementation québécoise donne un rôle accru aux agronomes, n’est-ce pas?

Avant ces changements réglementaires, les pesticides étaient presque en vente libre. Quelques heures de formation donnaient automatiquement accès à un permis d’achat. En obligeant la prescription d’un agronome, on assure un meilleur contrôle de ces produits. À la fin des années 1990, lorsqu’on a mis en place les bilans phosphore et les plans agroenvironnementaux de fertilisation, on faisait face à ce que certains appelaient la crise du phosphore. Par le travail coordonné d’agronomes, d’autres professionnels et du ministère de l’Environnement, on en est arrivé à une réduction de presque 50 % des quantités de phosphore appliqué en fertilisation.

De nombreux agriculteurs jusqu’à maintenant décidaient eux-mêmes en matière de pesticides, qu’en pensez-vous?

Écoutez, les agriculteurs, même s’ils sont bien formés, ne sont pas des gens qui ont fait des études en biologie végétale. Ils sont familiers avec les équipements de leur ferme, mais quand on arrive avec de nouvelles molécules ayant, par exemple, un moindre impact sur l’environnement, c’est autre chose. Même chez les agronomes, la formation continue est essentielle.

Croyez-vous que des changements de pratiques culturales peuvent réduire les besoins en pesticides?

Oui et la recommandation des agronomes auprès des agriculteurs doit présenter de telles options. N’oublions pas le facteur économique là-dedans. On doit pouvoir miser sur certains niveaux de rendement. La lutte biologique, par exemple, peut coûter de 5 à 10 fois plus cher que de travailler avec des pesticides. Mais oui, il y a des choses qui sont faisables, même en culture conventionnelle. Beaucoup de ces choix reviennent aux agriculteurs : préférer le sarclage plutôt que les pesticides, mais cela veut dire plus de machinerie aux champs et plus de compaction. Cependant, il y a de nouvelles technologies et les agronomes peuvent jouer un rôle de sensibilisation auprès des agriculteurs.

Mais certains produits, comme les néonicotinoïdes, pourraient souvent être éliminés, non?

Oui, ces produits ne sont toujours nécessaires. Nous pensons que leur utilisation devrait être mieux encadrée et que leur usage devrait être réservé aux cas où cela apparaît nécessaire. La plupart des producteurs les utilisent à titre strictement préventif et ce n’est pas une bonne idée. C’est comme les antibiotiques, il faut être prudent, ne pas trop en utiliser pour éviter qu’on les retrouve dans l’environnement.

Que souhaitez-vous retrouver dans la future politique bioalimentaire du Québec?

L’Ordre des agronomes et moi-même sommes en faveur de la multidisciplinarité, c’est-à-dire une étroite collaboration entre différents groupes professionnels pour assurer en fin de compte un meilleur service à nos clientèles, en optimisant l’offre au monde agricole, bien sûr, mais à la société plus globalement. Je vois fort bien une collaboration s’installer plus systématiquement entre les agronomes, les chimistes, les vétérinaires, les diététistes et les ingénieurs. Avec l’ensemble de ces professions, on couvre de la terre à la table. Nous aimerions que les lignes directrices d’une future politique bioalimentaire établissent un principe de transparence auquel contribueraient différents groupes professionnels. Une plus étroite collaboration entre professionnels, tout au long de la chaîne alimentaire, permettrait de mieux véhiculer l’information au bénéfice de tous.  Cela pourrait bonifier le travail des professionnels d’avoir une meilleure compréhension de ce que font des collègues dans d’autres domaines. On pourrait aussi s’assurer que l’objectif commun de bien servir la population soit atteint.

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