Les éleveurs de porcs souhaitent rester en production

Commandée par les Éleveurs de porcs du Québec dans le cadre du Forum stratégique sur l’avenir de la production porcine, un sondage mené en ligne et par téléphone du 23 août au 1er septembre 2016 auprès de 324 éleveurs de porcs démontre que la majorité d’entre eux souhaite continuer leur métier. En effet, 61% des répondant souhaitent rester en production d’ici les cinq prochaines années, alors que 16% songent transférer à leur relève. Le tiers (35%) des répondants a d’ailleurs une relève pour reprendre éventuellement la ferme, alors que 29% en ont peut-être une.

Trente-trois pourcent des entreprises n’a cependant pas de relève. Parmi ceux-ci, 41% ont entre 50 et 59 ans, alors que 34% a plus de 60 ans.

La majorité des éleveurs (69%) est confiante en l’avenir. Ce chiffre est cependant plus faible chez les indépendants (47%) que ceux à contrats (85%).

Le contexte économique nourrit l’insécurité chez les producteurs en raison de plusieurs facteurs. D’abord, le prix du porc est descendu très bas depuis l’été et le restera jusqu’à la prochaine remontée saisonnière, au printemps 2017. Ensuite, le secteur porcin est en mutation, au Québec, tout comme à l’international. Le gouvernement provincial a également diminué son soutien accordé par l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) dans les dernières années. Finalement, les éleveurs devront se conformer aux nouvelles normes de bien-être animal qui entreront en vigueur en juillet 2024, ce qui occasionnera des investissements majeurs.

Voici quelques propos recueillis lors du Forum stratégique sur l’avenir de la production porcine, le 10 novembre dernier à Québec.

Jean Larose

Directeur général des Éleveurs de porcs du Québec

Jean Larose

Jean Larose

Jean Larose avait la tâche de présenter les résultats du sondage. « Il y a des entreprises qui risquent de ne pas continuer », dit-il. Il estime qu’un dixième des entreprises auront quitté la production dans cinq ans. « Ça prend un environnement favorable, dit-il. Qui va assurer les risques? Est-ce que le gouvernement, par la Financière agricole, est prêt à adapter ses programmes? »

Michel Morissette

Professeur titulaire en histoire de la production et de la filière porcine québécoise, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval

Michel Morisset

Michel Morissette

Malgré ses grandes forces que sont notamment sa réactivité, ses 50 ans d’expérience, sa génétique porcine, l’isolement géographique et l’ASRA, l’industrie porcine québécoise a son lot de faiblesses. La petite taille des entreprises fait qu’elles ont plus de difficulté à s’adapter aux nouvelles technologies. La main d’œuvre, la confiance chancelante des banquiers face à l’insécurité du marché et la gestion des risques rendent le secteur moins attrayant.

« Il manque d’argent dans le secteur, dit Michel Morissette. Si l’argent n’est pas là, des investissements risquent de ne pas se faire. Est-ce que la date de 2024 sera celle de la grande débâcle? »

Claude Lafleur

Chef de la direction de IFFCO Canada

Claude Lafleur

Claude Lafleur

Le futur de la production porcine sera marqué par les technologies. « Un bon entrepreneur aura une dépendance affective aux nouvelles technologies, prévoit Claude Lafleur. L’agriculture s’en va vers une réalité d’automatisation. » À tel point qu’il faudra à l’avenir modifier la façon de construire des bâtiments agricoles. Il faudra dorénavant choisir la technologie et construire en fonction de cette technologie.

Outre les technologies, Claude Lafleur a souligné la grande connaissance du marché de la part des producteurs. Il note l’importance de la communication à l’ère où les consommateurs ont « accès en tout temps à l’encyclopédie mondiale ». Il souligne aussi l’importance pour les entrepreneurs de bien connaître leurs valeurs, d’être créatifs et de garder en tête l’importance de faire de l’argent.

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à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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