Les producteurs de fourrages auraient avantage à mesurer leur rendement

Une méthode simple est reconnue officiellement

Des agronomes ont développé et validé une méthode pour inciter les producteurs agricoles à évaluer leur production fourragère. La nouvelle façon de faire offre les avantages d’utiliser ses propres valeurs pour l’élaboration de son plan agroenvironnemental de fertilisation et d’avoir une meilleure gestion de l’entreprise.

Depuis deux ans, un comité Ordre des agronomes – ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (OAQ – MELCC) travaille à développer une mesure de rendement des fourrages fiable qui serait reconnue par tous les intervenants.

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Réunis pour l’entrevue, les agronomes Geneviève Giard et Véronique Leclerc d’Agri-Conseil Maska, ainsi que Julie Boisvert du Club Agri-Durable de Saint-Césaire et, au téléphone, Raymond Leblanc de l’OAQ, expliquent la démarche. «C’est un travail d’équipe», indique Geneviève Giard.

Une méthode simple

Véronique Leclerc a fait un important travail de terrain avec des producteurs laitiers du club agroenvironnement. Deux méthodes ont été comparées. Dans une méthode, les rendements de chaque champ et de chaque coupe étaient pesés. Dans l’autre, des chartes adaptées par Agri-Conseil Maska et Valacta d’une méthode élaborée par l’Université de l’État du Wisconsin, aux États-Unis, ont été utilisées. Ces chartes évaluent la pesée de chaque balle et de chaque voiture d’ensilage selon leur grosseur et le taux d’humidité.

En 2017, une série de données de récoltes ont été prises chez 14 producteurs: dimensions des balles ou des voitures d’ensilage, leur nombre par champ et par coupe, ainsi que le taux d’humidité. Chez cinq d’entre eux, des pesées du fourrage récolté ont été prises. L’année suivante, les données ont été analysées et un rapport a été produit.

Les résultats du projet ont été concluants. Les deux méthodes ont donné des résultats semblables. En se basant sur leur méthode, plus simple, les agronomes ne recommanderont pas d’effectuer les pesées lors de chacune des coupes.

« Le plus gros défi, c’est que les producteurs devaient compiler les données », explique Véronique Leclerc. Mais ils ont bien collaboré. « Ils n’ont pas trouvé ça si compliqué que ça à faire, dit-elle. Pour l’information qu’ils obtenaient, ils étaient satisfaits. Certains ont même continué à le faire l’été dernier, même si ça ne faisait pas partie du projet.»

Financière agricole

Le plus intéressant de ce test terrain, c’est que les agronomes ont pu évaluer à quel point les chartes de la Financière agricole pouvaient être loin de la réalité. «C’est magnifique, affirme Geneviève Giard. Les rendements de la Financière sont vraiment sous-estimés!» «Pour notre région, c’est facilement une tonne à une tonne et demie de différence par hectare, ajoute Julie Boisvert. Pour certains champs, ça peut être trois à quatre tonnes. »

Pour une conseillère en agroenvironnement, cette information précise peut changer le bilan phosphore du producteur. En effet, lorsqu’un champ a un rendement fourrager inférieur à 7 tonnes par hectare, sa capacité de réception en phosphore est moindre qu’un sol ayant un rendement supérieur à 7 tonnes par hectare. Pour certains producteurs, ça ne changera rien, mais pour ceux qui sont dans une municipalité à forte concentration animale, cela pourrait vouloir dire une plus grande capacité d’application de fumier.

Le rapport sur l’essai terrain a été présenté par Raymond Leblanc au conseil d’administration de l’OAQ qui l’a entériné. Le Guide d’interprétation de Règlement sur les exploitations agricoles (REA) du MELCC sera modifié ce printemps. Les agronomes pourront légalement utiliser la nouvelle méthode pour calculer les rendements en fourrages dès ce printemps. Pour l’élaboration du PAEF, ils devront prendre des données pendant deux ans avant que leur agronome puisse les utiliser.

Bien plus que le PAEF

« Mais ça ne devrait pas être la motivation première, explique Geneviève Giard. La raison principale de prendre les données de la ferme, ça devrait être une meilleure gestion de l’entreprise. » Prenez l’exemple du choix du champ à rénover. Un champ contient beaucoup de pissenlits. Vous pensez que ce champ doit être rénové. En évaluant le rendement, vous constatez que, malgré la présence de pissenlits, le rendement est encore au rendez-vous.

Cette évaluation procure de nombreux avantages, tant agronomique qu’économique, pour les producteurs agricoles, notamment pour :

  • optimiser le potentiel productif des prairies en modifiant la régie culturale (ex. : semis, régie des coupes, rotation des cultures, fertilisation, chaulage, phytoprotection, conservation des sols et de l’eau, etc.);
  • quantifier la production annuelle de matières sèches à l’hectare;
  • évaluer et améliorer la qualité nutritive des plantes fourragères.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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