Le nouveau mode de paiement du lait récompense les producteurs qui livrent davantage de protéines dans leur lait et cette bonification sera encore plus grande à partir du 1er avril 2026. Les producteurs devront travailler de concert avec leurs conseillers pour y parvenir.
En 2025, la demande pour la consommation de produits laitiers riches en protéines a connu une telle croissance que les politiques de paiement du lait ont dû être revues. Les conseils d’administration des regroupements des producteurs des provinces de l’Est du Canada, regroupés dans ce qu’on appelle le P5, ont entériné cette décision.
Sous la gestion de l’offre au Canada, les producteurs de lait sont payés différemment s’ils sont situés dans l’Ouest Canadien ou l’Est du Canada. L’Ontario, le Québec et les autres provinces à l’est sont regroupées dans ce qu’on appelle le P5.
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Les autres provinces sont regroupées sous le Western Milk Pool. Le mode de paiement du lait y est différent, mais vise le même objectif d’augmenter la protéine.
Voici quelques exemples de produits laitiers dont la croissance a connu une forte hausse en 2025 :
- Skyr (fromage frais commercialisé comme un yogourt) : 43,4%
- Fromage cottage : 25,8%
- Yogourt grec : 18,8%
- Yogourt nature : 14,5%
- Lait fortifié : 9,4%
Impact pour les producteurs
En entrevue, l’agroéconomiste Simon Jetté-Nantel, expert chez Lactanet des questions économiques, explique que les meilleures stratégies pour aider les producteurs à bénéficier du nouveau mode de paiement sont à l’étude pour s’assurer que les conseillers auront tous les outils pour aider les producteurs.
Pendant plusieurs années, la matière grasse du lait était en forte demande. Les producteurs de lait se sont adaptés pour répondre à cette réalité. Les besoins ont toutefois changé.
Simon Jetté-Nantel explique que pour inciter les producteurs à livrer davantage de protéines, un premier incitatif a été offert en août 2025. Ne voyant pas de changement notable dans le taux de protéines livré, un nouvel incitatif a été octroyé le 1er janvier dernier. Mais pour s’assurer de l’adhésion des producteurs, l’ajustement du 1er avril prochain s’annonce payant pour les producteurs de lait qui pourront livrer plus de protéines.
Le paiement du lait est établi en termes de ratio de solides non gras (SNG) sur le gras. Le nouveau paiement favorise les protéines en augmentant le ratio. Les détails sont affichés dans ce tableau provenant du Flash Info de janvier 2026 des Producteurs de lait du Québec.

Voici quel pourrait être l’impact pour une ferme moyenne, tel qu’expliqué dans le Flash Info de janvier des Producteurs de lait du Québec.
« Ainsi, pour une ferme de 100 kg de MG/j, dont le ratio actuel est entre 2,00 et 2,20, le revenu annuel additionnel associé à une augmentation du ratio SNG de 0,05 serait d’environ 9600$, soit 6600$ de plus qu’avant janvier 2026. »
Selon Simon Jetté-Nantel, cet incitatif est très intéressant et mérite une analyse des stratégies possibles à la ferme.
Comment augmenter la protéine?
Pour cela, nous avons demandé à son collègue, l’expert en nutrition et fourrages Jean-Philippe Laroche de Lactanet. Lui et d’autres collègues travaillent sur des stratégies potentielles. Il explique que l’augmentation de la protéine représente un défi important.
« Au niveau nutritionnel, c’était beaucoup plus facile de travailler sur le gras que de travailler sur la protéine, dit-il. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas quand même travailler sur la protéine, mais le degré de difficulté est plus important. »
La première stratégie évaluée est le retrait de suppléments de gras. Ils sont ajoutés dans le but d’augmenter le test de gras produit par les vaches. Le retrait de ces suppléments aurait donc l’effet inverse. La protéine n’augmenterait pas, mais le ratio SNG/G serait amélioré. C’est réalisable dans la mesure où le producteur a de la place pour avoir des vaches supplémentaires dans l’étable.
Le problème avec cette stratégie, c’est que les producteurs sous gestion de l’offre ont un quota calculé en matière grasse à livrer. De nombreux producteurs n’arrivent pas à produire tout leur quota. Il est donc impensable pour eux d’utiliser cette stratégie.
La deuxième stratégie évaluée par Lactanet est plus prometteuse. Il s’agit de l’amélioration de la santé du rumen dans le but d’optimiser la synthèse de protéines microbiennes. Celles-ci sont essentielles pour fournir les protéines nécessaires à la glande mammaire. C’est un aspect sur lequel les producteurs travaillent déjà, mais est-ce possible d’aller un peu plus loin?
Plusieurs choses peuvent être faites, comme la qualité et la quantité de fibres efficaces, l’apport en énergie fermentescible, l’équilibre énergie/protéines, le niveau de soufre…
Cependant, cette stratégie ne fait pas qu’augmenter la teneur en protéines, elle augmente aussi le test de gras.
Lactanet est en train d’analyser sa base de données pour évaluer l’impact de l’amélioration de la santé ruminale sur les tests de gras et de protéines. Pour cela, ils utilisent les données sur les acides gras de novo du lait qui sont un indicateur de la santé ruminale.
« On va faire une corrélation entre le niveau d’acides gras de novo du lait, et le test de protéine et celui du gras, ajoute-t-il. Ça va nous donner une bonne idée comment ça impacte le ratio. »
La troisième stratégie est d’équilibrer les rations au niveau des acides aminés limitants. Les protéines sont constituées d’acides aminés. Certains acides aminés sont limitatifs comme la méthionine ou la lysine. On peut, par exemple, donner des acides aminés protégés pour qu’ils soient directement disponibles à l’animal après le passage dans le rumen.
L’inconvénient de cette stratégie, c’est que ce sont des produits très dispendieux. Il faut donc évaluer la rentabilité. Autre bémol : des rations équilibrées en acides aminées peuvent également augmenter le test de gras. Il faut donc évaluer l’impact sur le ratio.
Comme autre stratégie importante, la génétique est prometteuse, mais seulement à moyen ou long terme, car il faut trois ans entre l’insémination d’une vache et le début de la production laitière de la jeune vache née de cette insémination.
L’utilisation de monensin serait une autre stratégie à envisager, puisque ce produit permet d’augmenter l’efficience alimentaire, tout en ayant dans certains cas un effet négatif sur le test de gras. Malgré cet effet négatif, les kilogrammes de gras livrés par jour demeurent équivalents, mais les kilogrammes de protéines augmentent.
Le stress de chaleur sera aussi évalué pour l’impact sur le test de protéines. « Les vaches qui subissent un stress de chaleur dans les mois chauds d’été auront un test de protéines plus faible, dit Jean-Philippe Laroche. Mais encore une fois, le test de gras aussi. »
Donc, les stratégies possibles apportent plusieurs questionnements au niveau de l’impact réel sur le ratio, mais Jean-Philippe Laroche ne se décourage pas.
« Il ne faut pas sous-estimer la capacité d’adaptation des producteurs, dit-il. On l’a vu avec le test de gras. Je pense que l’industrie ne s’attendait pas à ce qu’on réussisse aussi rapidement à augmenter le test de gras. »
D’ailleurs, selon le conseiller senior en alimentation de Lactanet, Jean Brisson, les producteurs laitiers peuvent déjà se mettre en action, car plusieurs stratégies sont connues.
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