La production alimentaire mondiale menacée par les pratiques agricoles

16 février 2001 – La production alimentaire mondiale est menacée par des pratiques agricoles qui dégradent les sols, assèchent les nappes phréatiques, polluent l’eau, et provoquent la disparition d’espèces animales et végétales, selon un tout récent rapport de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et de l’Institut des ressources mondiales (WRI). La dégradation des sols réduit dramatiquement la productivité des cultures partout dans le monde, ce qui risque d’entraîner de graves conséquences pour les pays pauvres fortement peuplés.

Basé sur l’analyse de données obtenues par satellite, de cartes numériques et de nouveaux moyens de cartographie de l’agriculture mondiale, ce rapport constitue le premier examen approfondi de l’agriculture mondiale et de son aptitude à fournir en quantité suffisante les aliments, les biens et les services indispensables à la préservation de l’espèce humaine.

« La population mondiale actuelle, qui avoisine les 6 milliards, devrait augmenter de plus de 25 % au cours des vingt années à venir » a déclaré Ian Johnson, président du Groupe consultatif pour la recherche agricole (CGIAR) et vice-président de la Banque mondiale. « Nous devons trouver des moyens d’augmenter la production alimentaire sans mettre en culture beaucoup de nouvelles terres, ce qui menacerait encore plus les forêts et la biodiversité, et sans avoir recours à des pratiques agricoles insoutenables. »

Stanley Wood, expert de l’IFPRI, qui est l’un des coauteurs du rapport, souligne que la terre agricole ne doit pas seulement produire davantage d’aliments. « Nous attendons aussi des terres agricoles d’autres biens et services, dont une eau salubre et des habitats pour les espèces menacées. »

Toujours selon Stanley Wood, les terres agricoles pourraient produire davantage d’aliments et contribuer à éviter le réchauffement de la planète en restituant davantage de carbone aux sols.

« Malheureusement, beaucoup de pratiques agricoles actuelles contribuent en fait au réchauffement planétaire. Un récent rapport, fruit des travaux de près de 1 000 des plus grands spécialistes mondiaux du climat, prouve que la terre se réchauffe plus vite qu’on ne l’avait estimé initialement. Depuis quelques dizaines d’années, les scientifiques constatent une augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses en Asie et en Afrique », a-t-il observé.

Le rapport révèle aussi que :

  • le dégradation des sols, y compris l’épuisement des nutriments, l’érosion et la salinisation, est largement répandue.
  • Vingt à trente pour cent des forêts de la planète sont désormais cultivées, d’où la disparition de quantités d’espèces et d’habitats. L’agriculture empiète sur beaucoup de parcs nationaux et d’autres aires protégées.
  • L’agriculture consomme 70 % de l’eau douce soustraite des aquifères chaque année par les hommes. L’irrigation utilise davantage d’eau que n’en apporte la pluie, d’où une baisse du niveau des nappes phréatiques. De plus, beaucoup de sources d’approvisionnement en eau sont polluées par l’utilisation excessive des engrais et pesticides.

Source : Les Echos

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