L’Asie saisie à son tour par la grande peur alimentaire

Hong Kong (Chine), 8 septembre 2001 – Maladie de la vache folle, grippe du poulet, nourriture génétiquement modifiée: la liste des alertes liées au risque alimentaire s’allonge et les consommateurs asiatiques sont à leur tour saisis par une grande peur de la « malbouffe ».

Mais ce sont des producteurs américains, européens et australiens de produits biologiques qui en tirent profit. Les coûts de démarrage de cultures et élevages bio dans la région, le climat et l’absence de normes strictes en la matière constituent autant d’obstacles pour les producteurs asiatiques désireux de prendre place sur un marché en rapide expansion.

« Les gens prennent de plus en plus conscience des problèmes de santé. Ils sont au courant des crises de la vache folle et de la fièvre aphteuse en Europe. Les organismes génétiquement modifiés les inquiètent et tout cela a contribué à les rendre attentifs en matière de sécurité alimentaire », dit Angus Lam, du Hong Kong Organic Farming Association (HOFA).

Le marché du biologique a atteint l’an dernier les 20 milliards de dollars dans le monde, avec en Asie le Japon se taillant la part du lion à près de trois milliards, selon la International Federation of Agricultural Movements (IFOAM), un collectif de 700 associations de producteurs biologiques de 103 pays.

Taiwan a consommé pour 50 millions de dollars de nourriture organique et Singapour pour 3,5 millions, selon l’Organic Trade Association (OTA), une association représentant l’industrie bio américaine.

Il n’existe pas de statistiques pour Hong Kong et la Thailande mais des supermarchés des deux pays ont noté que la demande était en hausse, avec un bond de 60% l’an dernier en Thailande, pour les aliments produits sans pesticide ou engrais chimiques.

Ce qui est bon pour les producteurs étrangers et les distributeurs locaux ne l’est pas forcément pour les agriculteurs asiatiques qui veulent se lancer à leur tour dans le bio.

« Les importations biologiques risquent de condamner l’agriculture bio japonaise », dit Sanae Sawanoburi, chef de la division internationale de la Japan Organic Agriculture Association, une organisation de quelque 3000 membres.

La pire menace vient des importations chinoises, favorisées par une main d’oeuvre bon marché, une agriculture à l’ancienne et l’existence de vastes terres, dit-elle.

A Hong Kong, Lee Chun-chung, possède l’une des 12 exploitations bio éparpillées dans l’arrière pays de l’ex colonie britannique. Mais le temps chaud et humide, avec sa prolifération d’insectes et de mauvaises herbes, et les pluies torrentielles qui s’abattent de mai à septembre l’obligent à se fournir en Australie s’il veut pourvoir répondre toute l’année à la demande de ses clients.

Les difficultés liées au climat subtropical font aussi que ses fruits et légumes se vendent à prix d’or. A 64 cents pièce, ses pommes, par exemple, coutent trois fois plus cher que des pommes bio importées des Etats-Unis.

Leur prix serait encore plus prohibitif s’il passait par les super marchés de Hong Kong qui lui factureraient emplacement sur les étagères, empaquetage et étiquetage.

Les importations bénéficient au contraire du sérieux des normes bio imposées de plus longue date dans les pays d’origine, dit M. Lam de l’HOFA.

Le Japon n’a introduit le label biologique qu’en 1992, Taiwan en 1999 et la Thailande ne fait que commencer.

L’HOFA de Hong Kong espère se doter d’un label afin la fin de l’année pour mettre fin à certains abus.

Source : AFP

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