Le blé a vu rouge

En octobre, les sols se sont retrouvés froids et gorgés d’eau. Heureusement, l’été indien semble avoir replacé les choses.

L’extraordinaire été indien que nous venons de connaître a accroché un sourire au visage de certains producteurs de blé d’automne. On se rappelle qu’octobre nous avait offert deux ou trois semaines de temps froid et pluvieux. «Le froid et la pluie ont clairsemé les champs, rapporte Gabriel Deslauriers, de la firme-conseil Pleine Terre, basée à Napierville. J’ai même aperçu quelques champs aux prises avec une carence en phosphore. Les feuilles ont tourné au rouge.»

L’agronome note que les semis de blé ont pu se faire relativement tôt cette année. «Comme le battage du soya a commencé tôt, la majorité des producteurs ont pu mettre leur blé en terre dans la deuxième moitié de septembre», indique-t-il. Il rappelle que la meilleure période pour semer le blé, ce sont les deux premières semaines de septembre. «Mais pour pouvoir semer à ce moment-là, dit-il, il faut que ce soit après une récolte de pois ou de haricot. Alors que la plupart des producteurs sèment le blé plutôt après la récolte du soya. Dans la région, je dirais que la date limite pour le blé est le 10 octobre.»

Sylvain Pion, de Bedford, a justement semé 50 hectares de blé sur un retour de haricot. «On l’a fait le 15 septembre, ce qui est pas mal l’optimum chez nous, déclare le copropriétaire des Fermes Rolland et Sylvain Pion. Le blé a connu un excellent départ. Actuellement, son tallage est avancé.»

Tout un contraste avec l’an dernier! «On avait semé sur deux dates, la plus tardive étant environ le 17 octobre, se rappelle-t-il. Le blé avait levé, mais il n’avait pas eu le temps de taller beaucoup. À la récolte, le rendement des deux semis était à couper au couteau. Le blé semé plus tard avait survécu, mais son rendement était inférieur d’une tonne et demie à l’hectare.»

Le producteur vise un rendement excédant cinq tonnes. «On a déjà frappé sept tonnes et quart, affirme-t-il. Ça nous a permis de voir quel est le potentiel du blé ici, mais c’est arrivé seulement une fois dans les six dernières années.»

«On n’est pas une région privilégiée pour le blé d’automne, poursuit-il. Le couvert de neige est mince… quand il y en a! Pour mettre les chances de notre bord, on essaie d’améliorer notre terrain. Et un semis sur retour de haricot sec s’avère favorable, car la terre est friable. Mais chaque automne, c’est une course contre la montre. Les fenêtres de semis sont assez restreintes.»

«Cette année, ajoute-t-il, on a fait un essai sur un retour de soya. On trouvait que la période était encore propice. On constate en ce moment que le blé y est un peu moins avancé. Les rangs sont plus fins.»

Les producteurs qui ont pris le risque de semer du blé très tardivement peuvent malgré tout entretenir l’espoir d’obtenir une récolte satisfaisante. Dans le Guide de production des céréales d’automne publié par le CRAAQ, la professeure-chercheuse Anne Vanasse, de l’Université Laval, indique que «le meilleur stade pour la vernalisation est celui de cinq feuilles, mais elle peut avoir lieu dès le début de la germination. Ainsi le blé d’automne peut être semé à n’importe quel moment de l’automne jusqu’aux gelées et avoir une épiaison normale l’année suivante.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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