Le gel frappe encore

Les feuilles de ce plant de soya ont gelé, mais pas les cotylédons. Grâce aux points de croissance situés sous ces derniers, la croissance devrait se poursuivre.

Tout comme en 2020, des champs ont affiché d'importants dommages liés au gel, surtout dans les cultures de soya. Le gel tardif survenu du 27 au 29 mai a affecté les jeunes plants, ce qui a mené de nombreux producteurs à ressortir les semoirs et à ressemer les champs. Annie Desrosiers, agronome chez Pioneer, observe que les sols sableux, de terre noire ou encore comportant de nombreux résidus, ont été les plus touchés. Le scénario est le même pour les champs semés en semis direct. Ce gel semble donc être une répétition de celui de l'an dernier, à une exception. « Il y a beaucoup, beaucoup plus de personnes touchées cette année, avec plus de superficies », témoigne l'agronome. La Mauricie fait partie des endroits où le gel a frappé fort, tout comme à certains endroits de la Montérégie-Est. Il restait à confirmer les dommages pour le Centre-du-Québec, mais la coordonnatrice des équipes de Pioneer sur la Rive-Nord recommande aux producteurs de vérifier tous les champs et d’observer de près l’état des plants, si ce n’est pas déjà fait.

Le maïs a, pour sa part, été en grande partie épargné, même si des zones affichaient tout de même de la mortalité. Le point de croissance de la céréale se trouvant sous terre, il a été moins touché que le soya dont le point de croissance sort très tôt. Les épisodes de chaleur ce printemps n’ont d’ailleurs pas aidé en accélérant la croissance.

Stéphane Myre, de Bayer, a relayé dans un billet les dommages à observer, que ce soit pour le maïs ou le soya. Les dommages sont variables et vont parfois n'affecter que les feuilles, alors que parfois le plant en entier est mort. Les effets étaient plus faciles à constater de deux à trois jours après le gel. Si le gel a duré plusieurs jours sous les 2 degrés Celsius, les risques de mortalité sont plus grands. Un plant qui a résisté aura développé de nouvelles feuilles les trois à cinq jours suivants. Le soya semé plus tôt était plus à risque, mais comme le point de croissance se trouve au-dessus du sol dès l'émergence, les risques étaient plus grands, bien que le plant puisse supporter des gels légers. Si la tige sous le cotylédon est grise et molle, le plant est mort. Il est toutefois possible que le bourgeon ait survécu.

Source: Stéphane Myre, Bayer

La semaine qui vient de se terminer s’est écoulée à un train d’enfer. Dès le gel terminé, l’opération semoir est allée bon train dans les champs touchés. « C’est une semaine de fou. Dès dimanche, certains ont ressemé. D’autres attendaient la fin de la pluie pour semer », rapporte Annie Desrosiers. La forte demande a d’ailleurs mené Pioneer à rapatrier et à passer au peigne fin tous ses entrepôts afin de suffire à la demande. Près de 3000 sacs provenant du Manitoba ont même été acheminés au Québec pour les besoins de la cause, surtout que la demande venant de l’Ontario mettait de la pression sur les inventaires puisque les régions au nord de la province ont aussi connu un épisode de gel.

Les resemis se feront au semis direct pour conserver le plus d’humidité possible au sol, tandis que les variétés semées dans le soya seront hâtives.

Pour le reste, il n’y a pas grand chose à faire, sauf essayer de s’adapter à des conditions de plus en plus extrêmes durant la période des semis. « C’est beaucoup plus difficile depuis deux ans », témoigne Annie Desrosiers. Le mois de mai connait des variations incroyables de températures qui sont inédites. « Mais on ne peut pas attendre que les gels soient finis pour semer. »

Pour connaître l'état des cultures par région, consultez notre rapport Le Bilan des cultures de cette semaine.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires