Japon : La crise s’aggrave, les consommateurs de plus en plus mécontents

Tokyo (Japon), 7 octobre 2001 – Le premier cas de vache folle en Asie confirmé depuis le 22 septembre au Japon est en train de se transformer en crise nationale, avec des consommateurs de plus en plus mécontents et un gouvernement qui enchaîne les mesures sanitaires sans parvenir à rassurer la population.

« Cela fait deux semaines que j’évite le boeuf parce que j’ai peur. Je veux que le gouvernment clarifie la situation », se lamente Masako Kanazawa, une femme au foyer de 67 ans à la sortie d’un supermarché de Tokyo.

Comme des millions de Japonais, elle et toute sa famille ont arrêté de manger leur viande préférée depuis la confirmation du premier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) sur une vache laitière de cinq ans d’un élevage de Chiba, près de Tokyo.

Selon un expert européen des questions alimentaires, « la demande de boeuf local et importé est en baisse de 30%. On va vers une crise de la viande en général car la hausse des ventes de volaille et poulet ne compense pas la baisse du boeuf ».

Les restaurants de viande grillée, habituellement très courus, sont désertés. « La baisse est sensible depuis samedi (29 septembre) avec -50% ce jour-là. Les jeunes ne semblent pas trop inquiets mais le nombre de familles et personnes plus âgées a diminué », déplore Sang Jun An, 28 ans, gérant d’un restaurant de « yaki nikku ».

Le public semble insensible aux assurances des autorités. Pourtant plusieurs ministres dont celui de l’Agriculture, Tsutomu Takebe, ont mangé avec ostentation des steacks en milieu de semaine. Et le Parti libéral démocrate, principale formation au pouvoir, très lié aux milieux agricoles, a demandé aux télévisions de montrer moins d’images de vaches aux jambes tremblotantes.

Signe de la désaffection des consommateurs, les prix restent environ de 20% inférieurs à leur niveau habituel après une chute de -47% pour la viande de qualité moyenne le 25 septembre, premier jour ouvré après la confirmation du premier cas, selon un responsable du marché de gros central de Tokyo.

« Nous recevons des tas de messages emails et des appels téléphoniques. La plupart des gens disent qu’ils n’ont pas confiance dans le gouvernement », constate Hiroko Mizuhara, secrétaire générale de l’Union des consommateurs du Japon. Son association qui défend la nourriture biologique fait pression depuis mars pour que des tests soient effectués sur toutes les vaches.

« Le gouvernement dit (depuis le 27 septembre) qu’il ne faut pas utiliser les parties à risque (yeux, cerveau, moëlle épinière, organes internes) dans les médicaments, cosmétiques et produits alimentaires (sauces, condiments, substituts alimentaires) mais ce ne sont que des recommandations, pas une interdiction formelle », déplore-t-elle.

Les autorités, qui ont toujours nié la possibilité d’un déclenchement de la maladie dans l’archipel, se défendent de mal gérer la crise. « Nous cherchons à rassurer les gens à travers des brochures ou notre site internet en fournissant des informations correctes », explique un responsable de la division des inspections alimentaires au ministère de la Santé.

Le ministre Takebe a cependant dû présenter des excuses publiques la semaine passée pour avoir affirmé d’abord que la carcasse de la vache contaminée avait été brûlée avant de reconnaître qu’elle avait été transformée en farines animales.

Ces farines sont complètement interdites depuis jeudi. Une autre mesure destinée à restaurer la confiance est, selon le ministère de la Santé, la mise en place le 18 octobre de tests systématiques sur les bovins de plus de 30 mois.

« Les Japonais sont sur la bonne voie avec le retrait des matériaux à risque, les tests systématiques et l’arrêt des farines. Mais il y a des choses qui m’inquiètent », a indiqué l’expert européen, qui est convaincu qu’il y aura d’autres cas d’ESB.

Il se demande par exemple comment le Japon peut former avant le 18 octobre suffisamment de spécialistes pour retirer des organes comme les ganglions ou la moëlle épinière, ou pour utiliser des tests anti-ESB achetés en Europe sans envoyer de mission chez leur fabricant. « Il y a aussi des divergences entre ministères de Santé et de l’Agriculture sur la zone du cerveau à soumettre au test, apparemment le ministère de l’Agriculture ne veut pas suivre le manuel d’utilisation des machines et teste des parties où il n’y a pas de prions (de l’ESB) », s’est-il inquiété.

Source : AFP

Commentaires