Avoir l’œil pour sélectionner les bonnes génisses

Rien de mieux qu’un éleveur pour faire des recommandations sur la meilleure façon de sélectionner des génisses à garder et celles à vendre. Dans un article de Heather Smith Thomas publié dans Canadian Cattlemen, Travis Olson de Ole Farms, d’Athabasca en Alberta, mentionne huit points essentiels lors de la sélection des génisses dans un troupeau vache-veau.

Ole Farms élève des animaux de race pure, ainsi que des animaux F1 provenant de 1000 vaches Angus enregistrées et des animaux commerciaux. Voici Les recommandations de Travis Olson :

  1. Évaluez la mère

«Beaucoup de gens vont dans un enclos de génisses et choisissent celles dont ils aiment l’apparence, mais le facteur le plus important, c’est la mère, pas l’aspect visuel du veau», dit-il. Si vous avez des dossiers, vous devez les utiliser pour évaluer de près la mère de cette génisse. Est-ce que ses pieds sont bons? Est-ce que son pis est en santé? Est-ce que la génisse et sa mère ont un bon tempérament? Avez-vous des registres de production et les poids des veaux? A-t-elle eu un veau chaque année?

«Tout revient à la rentabilité, et le principal facteur de profit ou de perte dans les troupeaux de bovins nord-américains est le nombre de veaux que l’on sèvre pour chaque vache exposée à un taureau », ajoute Travis Olson. Vous voulez choisir une génisse issue d’une vache qui a produit depuis plusieurs années et qui n’a pas manqué un veau ou qui est retournée en chaleur : elle se reproduit chaque année, son intervalle de vêlage est serré, elle a un pis et des pattes sains. «La plupart des gens ne font pas assez attention à cela, dit-il. Ils vont juste dans l’enclos des génisses et choisissent les 20 qui semblent les meilleures. L’aspect visuel est important mais la mère est extrêmement importante.»

  1. Choisissez les plus vieilles génisses, pas les plus grandes

Les génisses nées au début de la période de vêlage sont à privilégier parce que leurs mères sont fertiles. «Vous vous retrouvez avec un meilleur troupeau si vous laissez vos acheteur choisir les génisses parce que vos voisins viendront chercher les 10% plus grosses. Beaucoup de producteurs commerciaux font l’erreur de garder les plus grandes génisses, ce qui mène à un troupeau de vaches trop grandes.

« Vous vous retrouvez avec un meilleur troupeau si vous choisissez des femelles qui sont nées du premier ou deuxième cycle. Cela met plus l’accent sur la fertilité et permet de garder les intervalles de vêlage serrés », dit Travis Olson

  1. Choisissez les génisses moyennes

«Ne choisissez pas les 10% plus petites, ni les plus grandes, explique Travis Olson. Évitez les extrêmes, dans tous les traits. Vous ne voulez pas la génisse extrêmement longue ou la génisse extrêmement courte. Extrêmement musclé peut être un très gros problème. Vous ne voulez pas une génisse qui ressemble à un bouvillon parce que souvent son système endocrinien (ses hormones) est débalancé. Il y a plus de chance qu’elle soit non gestante. Vous ne voulez pas non plus d’une génisse qui a un cou très long ou un cou trop court, ce qui la fait ressembler à un mâle.»

  1. Les femelles devraient ressembler à des femelles

Sélectionnez les génisses féminines. «Il devrait y avoir une certaine angularité à la tête et au cou, dit l’éleveur. La plupart des gens choisiront cela, mais une génisse devrait ressembler à une génisse.» Il y a plus de chance qu’elle soit fertile, maternelle et productive.

  1. La génisse doit avoir un bon état de chair

L’état de chair est plus difficile à évaluer au sevrage parce qu’une génisse grosse peut avoir eu une mère qui l’a trop bien nourrie. La mère elle-même peut être mince. Il est plus facile d’évaluer la capacité de la génisse après son premier hiver, avant sa première saison de reproduction. « Une génisse entrant dans la saison de reproduction qui n’a pas assez de graisse ne va pas se reproduire, dit Travis Olson. Elle ne durera probablement pas si elle est dans un environnement difficile. Si elle n’est pas en chair comme une génisse d’un an, elle ne le sera pas lorsqu’elle sera vache. » Il lui sera difficile d’allaiter et d’élever un veau.

  1. Surveillez les poils

«Une génisse féconde, fertile et productive sera l’une des premières à perdre ses poils d’hiver au printemps. Elle a un poil doux et lisse, comparé à un mâle», explique Travis Olson.

Les mâles ont les poils plus gros que les femelles, en particulier sur la tête et la crête. « Cela est en lien avec des niveaux plus élevés de testostérone, dit-il. Les poils seront plus crépus et plus rugueux sur les pointes alors que les poils des femelles auront tendance à être plus doux et plus lisses. Vous verrez des variations chez les génisses, mais si vous regardez vos génisses non gestantes, ce sont souvent celles qui les perdent en dernier – alors observez ces poils d’hiver. Si vous achetez des génisses ou choisissez la vôtre, éliminez celles qui ne les perdent pas aussi rapidement. Elles gardent leurs poils plus longtemps parce qu’elles ne sont pas retournées en chaleur. C’est hormonal.”

  1. Évaluez la largeur pelvienne

Travis Olson recommande de palper et de mesurer la largeur pelvienne des génisses. « Certaines femelles n’ont tout simplement pas de passage vaginal assez large, dit-il. Sélectionnez celles avec une largeur pelvienne adéquate peut prévenir certains problèmes de vêlage et si vous les palpez, vous pouvez également détecter quelque chose d’anormal comme un éperon osseux. Vous pouvez dire si la largeur est suffisante en regardant les génisses, mais encore plus si elles n’ont pas assez de largeur. »

  1. Privilégiez une croupe descendante vers l’arrière

« C’est probablement l’un des facteurs les plus importants, mais souvent négligé, surtout chez les bovins nord-américains, dit Travis Olson. Vous ne trouverez aucun animal sauvage dont l’ischion soit de niveau avec la pointe des hanches. » Ce défaut majeur chez les bovins serait issu d’une mauvaise sélection par les humains. De nombreux éleveurs estiment que le niveau semble plus équilibré ainsi, mais il est en fait plus naturel d’avoir des pointes de hanche considérablement plus élevées que les ischions, avec une bonne pente vers l’arrière. C’est un trait structurel important.

«Le manque de pente provoque des problèmes de reproduction, dit-il. Les expositions font partie du problème. Les gens parlent d’une hanche carrée, par exemple, comme d’un bon trait, alors qu’en réalité, c’est un défaut.»

De même, il est important de ne pas choisir des animaux avec des pattes arrières droite. Tout cela a un impact sur l’angle du bassin et sur les naissances. L’attache de la queue est aussi importante. Elle ne doit pas être rentrée vers l’avant de la vache afin d’éviter que du fumier entre dans le vagin. Si c’est le cas, il y aura moins de problème si la pente entre les pointes de hanches et les ischions est adéquate.

Attention aux standards des animaux d’exposition à ce niveau. Travis Olsen note toutefois qu’ils se sont améliorés depuis 10 ans. La pente de la croupe doit être évaluée visuellement.

PHOTO: CANADIAN CATTLEMAN

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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